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Principes d'économie des médias et de la culture

Économie

« Avant que la corporation des économistes n’en monopolise le sens et la portée, le mot “économie” a reçu plusieurs significations des domaines des sciences, des arts et de la vie sociale. On ne saurait donc réduire l’économie aux seuls enjeux d’intendance financière et marchande auxquels on a voulu les cantonner. »

Définitions

Économie : Définition A

Rapport social fondamental entre les humains

« Ensemble des activités d’une collectivité humaine relatives à la production, à la distribution et à la consommation des richesses. » 

Manière dont s'établit ce rapport

«Un système […] qui détermine la production, la consommation, l’utilisation des ressources et la distribution des ressources d’une société ou d’une aire géographique donnée. »

Économie : Définition B

Science qui étudie les formes et les modalités de ce rapport social

« Science qui étudie l’activité et le comportement de l’être humain en s’efforçant de satisfaire les nécessités et les principes d’utilisation de ressources limitées. »

Savoirs et idées qui proviennent de l’étude des formes et des modalités de ce rapport social

« Ensemble des connaissances concernant les activités humaines de production, de consommation, de répartition et d’échange des richesses d’une société. »

Les savoirs et idées nés des sciences économiques ont été forgés sur une fable théorique :

La naissance de l'homo
œconomicus

René Magritte (1975) Le fils de l'Homme

« Il était une fois un Homme qui vivait dans la Rareté. Après beaucoup d’aventures et un long voyage à travers la Science Économique, il rencontra la Société d’Abondance. Ils se marièrent et ils eurent beaucoup de besoins. »

Ce fossile humain de l’Âge d’Or, né à l’ère moderne de l’heureuse conjonction de la Nature Humaine et des Droits de l’Homme, est doué d’un intense principe de rationalité formelle qui le porte :

  1. À rechercher sans l’ombre d’une hésitation son propre bonheur ;
  2. À donner sa préférence aux objets qui lui donneront le maximum de satisfactions.

Tout le discours, profane ou savant, sur la consommation, est articulé sur cette séquence qui est celle, mythologique, d’un conte : un Homme, “doué” de besoins qui le “portent” vers des objets qui lui “donnent” satisfaction. Comme l’homme n’est jamais satisfait (on lui reproche d’ailleurs), la même histoire recommence indéfiniment, avec l’évidence défunte des vieilles fables. »

L'art, un détail pour les économistes

« Pour Adam Smith ou David Ricardo, la dépense pour les arts relève de l’activité de loisirs, et ne saurait contribuer à la richesse de la nation. Smith voit la culture comme le domaine par essence du travail non productif: “Leur ouvrage à tous [les travailleurs non productifs], tel que la déclamation de l’acteur, le débit de l’orateur ou les accords du musicien, s’évanouit au moment même où il est produit” (livre II, chap. 3).

Il souligne toutefois le caractère particulier du travail artistique qui nécessite des investissements longs et coûteux ; ainsi écrira t-il : “L’éducation est encore bien plus longue et bien plus dispendieuse dans les arts qui exigent une grande habileté […]. La rétribution pécuniaire des peintres, des sculpteurs, des gens de loi et des médecins doit donc être beaucoup plus forte” (livre I, chap. 10, section 1). La rémunération de l’artiste reflète le coût de l’investissement que son travail a exigé. […] »

Plus tard, Alfred Marshall reconnaît: “La loi qui fait que plus on écoute de la musique, plus le goût pour celle-ci augmente”; il ouvre la voie à l’analyse des consommations artistiques qui constituent une exception à la théorie de la décroissance de l’utilité marginale. Le bien-fondé d’une approche économique de la culture est négligé par John Maynard Keynes, qui pourtant n’hésite pas à prendre le contrepied des méthodes qui pouvaient prévaloir en son temps. […]

Sans que se dessine encore à proprement parler une analyse économique du secteur culturel, on voit progressivement émerger les concepts qui forment le socle de l’économie de la culture : effets externes, investissements longs, spécificité de la rémunération incluant un fort degré d’incertitude, utilité marginale croissante, importance de l’aide publique ou privée. »

« Les institutionnalistes américains s’attelleront à définir l’importance des arts dans la vie économique. Kenneth Boulding (Ecodynamics : A New Theory of Social Evolution, 1978) considère les arts comme un moyen de créer et de faire circuler l’information. John Galbraith (Economics and the Public Purpose, 1973) prévoit quant à lui que les arts sont appelés à prendre une importance économique croissante. […]

Mais ce seront surtout les travaux de William Baumol et de William Bowen sur l’économie du spectacle vivant, ceux de Gary Becker sur la consommation de biens dont le goût s’accroît au fil du temps, et ceux d’Alan Peacock et de l’école du Public Choice qui traceront les voies de la future économie de la culture. Celle-ci restera longtemps partagée entre les résultats contradictoires de ces travaux : tandis que Baumol et Bowen démontrent avec brio que l’économie culturelle est tributaire des subventions publiques, les seconds chercheront à renouer avec les paradigmes traditionnels de l’économie politique, […] »

Notions clés

Pour avoir de la valeur, un bien doit être à la fois utile et rare.

Bien

Tout moyen capable de satisfaire un besoin.
Biens matériels
bien économique
Objet tangible d’utilité économique qui sert à la production ou qui est destiné à la consommation, et qui satisfait un besoin.
Droit de propriété
Chose matérielle ou droit qui est susceptible d'être approprié légalement et de faire l'objet de prérogatives.
Biens immatériels
Service
Activité économique qui offre la satisfaction de besoins individuels ou collectifs, mais qui n'est pas concrétisée par le transfert d'un bien matériel
Propriété intellectuelle
Droit de propriété sur une création de l’esprit (œuvre, prestation artistique, découverte scientifique, invention)

Utilité

« Reflet de l’importance qu’un individu attache à un bien, compte tenu de son aptitude à satisfaire un besoin économique. L’utilité en économie est un concept important qui permet, entre autres, de déterminer les fonctions de demande des consommateurs. »

Rareté

« Caractéristique des biens économiques qui n’existent pas à l’état naturel en quantité illimitée. S’entend de manière plus claire lorsqu’on considère le caractère illimité des besoins humains. »
La rareté dépend des conditions d’accès, des processus de production, des modes de distribution, des règles de partage, ou des technologies employés dans l’exploitation des ressources, la production des biens ou la reddition des services.

En principe, la rareté se fonde d'abord sur les limites naturelles. Il semble toutefois que les caractéristiques sociales et politiques de la rareté comptent désormais plus que les spécificités naturelles, lesquelles semblant très peu considérées dans les décisions des agents économiques.

Valeur

Valeur d'usage

D’un côté, la valeur peut prendre un caractère subjectif, personnel, intime, voire sentimental, et dépendre des individus, de la situation, du moment et du lieu. La valeur concrète ou anticipée d’un bien varie selon différentes échelles et peut être difficile à quantifier.
La valeur d’usage dépend de l’utilité d’un bien pour une personne donnée. Tout bien a une valeur d’usage qui varie en fonction des besoins et des désirs, selon les caractéristiques de la personne qui en fait l’usage, selon les circonstances, selon ses fonctions pratiques, son aspect esthétique ou son caractère symbolique.
La valeur des biens est déterminée socialement à travers les processus d’échange. Elle agit comme la marque de l’équilibre entre l’offre et la demande, les besoins et la capacité de production, les désirs et la rareté, etc.

Valeur d'échange

D’un autre côté, la valeur attribuée aux biens dépend des consensus établis plus ou moins collectivement, selon des critères historiques et géographiques et selon la rationalité, la culture, les logiques propres aux différentes sociétés.

Valeur travail

La valeur d’un bien dépend finalement, objectivement, de la quantité de travail, direct ou indirect, nécessaire à sa production, et à la production de ses moyens de production...
La valeur d’un bien est déterminée en fonction du temps total de travail socialement nécessaire à sa production.

Philippe Geluck Le Chat

« L’économie, c’est fondamentalement la question de la répartition. Pourquoi ? Parce que la question du partage est liée à celle de la rareté, et que, sans rareté, il n’y a pas de problème économique. […] Les économistes ont occulté la question du partage. Ils parlent de marchés, de besoins, de services, d’offre et de demande, sans se demander d’où viennent ces biens, ces services, ces besoins, ces marchés, ni pour qui ils ont été créés. Ils ont aussi occulté la question du pouvoir. »

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