Développé par des inventeurs français, comme Charles Cros et Émile Berliner, ou états-uniens, comme Thomas Edison, le phonographe permet d’enregistrer et de reproduire des sons. Les premiers enregistrements sur disque sont de qualité modeste et les équipements sont souvent coûteux. Au début du XXe siècle, le marché du gramophone est dominé par les maisons de disque des États-Unis ou d’Europe (français, britanniques) : Columbia Records, Universal Music, Polydor, RCA Victor. Ces grands groupes, qui contrôlent généralement l’ensemble de la chaîne de valorisation, voient le marché canadien comme un marché secondaire pour écouler leurs produits ou tester le succès de nouveaux artistes.
Le principe de l'enregistrement naît en 1877 avec l'invention du phonographe d'Edison. En 1899, Emile Berliner fonde la E. Berliner of Montreal afin d'obtenir les droits exclusifs de fabrication et de distribution de disques au Canada. En 1903, son fils Herbert Samuel ouvre à Montréal le premier studio d'enregistrement canadien. Malgré cette technologie, les disques canadiens-français des vingt premières années du XXe siècle seront principalement ceux d'artistes de France comme Alfred Fertinel, Henri Cartal et Victor Occelier.
La radio contribue activement à la diffusion de la musique enregistrée et à la popularisation des nouvelles vedettes musicales. Parmi celles-ci, on retrouve des chef·fes d'orchestres, comme Wilfrid Pelletier ou Ethel Stark, des artistes qui s'inspirent des crooners états-uniens ou des chanteurs de charme français, comme Fernand Robidoux ou Fernand Gignac, ou des jazzmen, comme Oscar Peterson ou Oliver Jones.
Mary Travers, dit La Bolduc, est l’une des premières vedettes (et l’une des premières de nombreuses femmes) du palmarès de la chanson québécoise.
Elle se fait d’abord connaître sur scène, mais c’est grâce à la radio qu’elle connaît un véritable succès, en 1929, alors que s’amorce la Grande dépression qui lui inspirera plusieurs de ses chansons.
Elle publiera un grand nombre disques, parfois à raison de deux chansons par mois et gravés sur disques pour les gramophones de l’époque, qui sont aussitôt diffusés à la radio.
La scène montréalaise des années 1930-1940 compte beaucoup de cabarets et de salles de concert où se produisent des artistes de toutes sortes, dont des artistes de music-hall.
Alys Robi est l’une des premières grandes chanteuse du genre de l’époque : ayant débuté sa carrière à 13 ans, elle connaîtra un succès en Europe et aux États-Unis, côtoyant les plus grands de l’époque, tel que Frank Sinatra.
En 1950, après 11 ans de carrière au Québec, c’est en France que Félix Leclerc recevra la consécration qui fait de lui, encore aujourd’hui, l’une des figures marquantes de la chanson québécoise.
Comme pour plusieurs artistes de la chanson québécoise, le marché français est un débouché important pour assurer le succès d’une carrière, ainsi qu’une certaine reconnaissance morale.
Félix Leclerc marque également la transition dans les styles proposés, avec une chanson épurée, dépouillée et engagée. Il profite également des débuts de la télévision dont l’importance se révèlera cruciale pour le déploiement de l’industrie musicale québécoise dans les années 1960…
Au courant des années 1960, le Québec voit apparaître un grand nombre de petites salles de spectacles, les boîtes à chanson, qui permettent à un immense bassin de jeunes chansonniers et interprètes dont les noms forment le panthéon de la musique québécoise: Gilles Vigneault, Clémence Desrochers, Raymond Lévesque, Renée Claude, par exemple.
Une boîte à chansons, ça pouvait être une salle d’école secondaire où, tous les vendredis soirs, on mettait des nappes à carreaux, des chandelles, deux ou trois filets de pêche. Les spectacles avaient lieu deux fois par soir, assez tard, vers 21h et 23h. [...] le public était très jeune, entre 16 et 25 ans. Quelqu’un de plus de 25 ans dans une boîte à chansons, c’était suspect… à moins que ce ne soit le chanteur ou la chanteuse.
Durant les mêmes années, influencés par la culture populaire aux États-Unis, de nombreux groupes yéyé se forment et des artistes émergent. C'est l'époque des jukebox, des 45 tours produits en peu de temps et distribués rapidement et de la télévision qui permet de propulser les artistes auprès des babyboomers adolescent·es.
L’Osstidcho est probablement l’un des symboles les plus forts de la renaissance musicale des années 1970. Un spectacle multidisciplinaire plutôt déjanté et iconoclaste. Mettant en scène Robert Charlebois, vedette phare de la décennie, Yvon Deschamps, Louise Forestier, écrit par la poétesse Mouffe et «mis en scène» par Paul Buissonneau et produit par Guy Latraverse, le spectacle permet de dépasser le clivage Yéyé vs Chansonniers et de décloisonner les genres.
Selon le modèle de croissance type des multinationales du disque, la maison de disque se spécialise dans la production (avec la formation d’un vaste catalogue où les pertes subies par la grande majorité des productions peuvent être compensées par quelques grands succès), cette production s’appuyant sur une intégration verticale en direction de la distribution et de la fabrication pour contrôler le marché.
Les maisons de disques québécoises, au contraire, se sont diversifiées horizontalement, dans les activités reliées au disque, allant de la gérance d’artistes à la production de spectacles, en passant par l’édition et la production de vidéoclips, voire la production télévisuelle et les studios de son. Des activités qui se sont révélées de plus en plus importantes dans la structure de revenus des «maisons de disques» au fur et à mesure de la numérisation de la musique…

À l’échelle mondiale, la reprise économique, qui se fait sentir à partir de 1983, et l’introduction, la même année, du disque compact puis sa pénétration rapide du marché, l’avènement des chaînes télévisuelles musicales (MTV fut la première en 1981) et la mise en place de différentes stratégies de promotion (Top 40 radio / Galas de l’ industrie) ont constitué les fondements de la reprise du marché du disque. Au Québec, le premier Gala de l'ADISQ, diffusé à la télévision, a lieu en 1979.
Au Québec, l’industrie locale montre les signes d’une récupération vers la fin des années 1980 avec l’augmentation de la production de disques québécois par des entreprises locales (de 89 albums en 1986-1987 à 134 albums en 1990-1991, selon l’ADISQ), en même temps qu’une nouvelle génération d’auteurs-compositeurs et d’interprètes apparaît et connaît un succès important.
L’émergence de maisons de disque indépendantes locales au cours des années 1980 a sans aucun doute été l’un des éléments clés de la revitalisation de l’industrie, comblant le vide créé par le retrait progressif des firmes multinationales. À partir de 1986, elles contrôlent plus de 85 % de la production locale.
En plus des disques et des spectacles, le vidéoclip devient un débouché important pour les maisons de disque durant les années 1980-90. Alors que le premier vidéoclip québécois a été filmé de manière très artisanale en 1981, à sa suite, la créativité des réalisations n’aura pratiquement aucune limite…
La chaîne de télévision Musique Plus, qui voit le jour en 1986, permet de soutenir la diffusion des nouveaux genres musicaux et la naissance des artistes phares des années 1990.







Les maisons de disque parviennent ainsi à se constituer des bases de revenus suffisamment larges et stables, non seulement pour survivre aux aléas fortement cycliques du milieu de la chanson, mais aussi pour croître et de se développer.
Elles élaborent leur stratégie autour des artistes plutôt que sur les produits, profitant d’un un environnement médiatique favorisant l’établissement d’un star system complexe et solidement établi (au contraire de la situation qui a cours au Canada anglais).



L’industrie profite aussi de la diversification des formats : CD, cassettes, minidisc… les formats sont nombreux et nécessitent l’investissement des amateurs qui renouvellent leurs collections musicales et leurs équipements.


Mais rapidement, un nouveau format de fichier numérique apparu en 1995, le .mp3, s’imposera pour les remplacer tous.
En 2001, Apple accélère la tendance vers le numérique en mettant en vente le iPod, un lecteur de musique numérique portable. En 2003, l'entreprise californienne intègre un autre segment de la chaîne de valorisation musicale en devenant le principal distributeur de musique numérique sur le iTunes Music Store.
À partir de 2005, l'industrie de la musique enregistrée amorce une crise structurelle : les pertes de la chute drastique de la vente d'albums «physiques» ne sont pas comblées par la vente de copies numériques, entre autres en raison des règles imposées par les nouveaux distributeurs de la musique.

Le succès commercial dépend alors de plus en plus de la convergence médiatique, notamment de la télévision. C'est le modèle Star Académie qui, dès le début des années 2000, permet à Québecor, modèle de convergence, d'exploiter une importante branche de production musicale, qui nourrit ses autres sphères d'activité. Ce modèle commercial est efficace et on le décline vers différents publics, dans différents contextes.
Parallèlement, les maisons de disques se réorganisent pour offrir des services à la carte (édition, tournée, promotion) à des artistes établis ou émergents toujours aussi (sinon plus) nombreux.
Les deux chaînes de valeurs (disque et spectacle) sont de plus en plus interdépendantes et leur importance relative a basculé depuis 30 ans : les spectacles et la vente de produits dérivés sont essentiels au financement des activités de production musicale.
Lancé en Europe en 2008 et aux États-Unis en 2011, l'application Spotify parvient à offrir un service de diffusion en continu (streaming) de qualité et annonce un nouveau tournant majeur dans l'industrie.
Rapidement, d'autres joueurs majeurs développent aussi leur modèle et proposent des services concurrentiels : Apple Music, Google (Play ou YouTube), Amazon Music, mais aussi des joueurs plus petits comme Bandcamp, Deezer, Tidal, SoudCloud, QUB, etc., qui proposent des alternatives au modèle d'affaires de Spotify.
Deux modèles de redevances sont privilégiés par les différentes plateformes, mais ne permettent pas de combler les pertes subies par la chute des ventes physiques.
Le Market Centric Payment System (MCPS) est le modèle le plus répandu.
Ce modèle verse des redevances tirées des abonnements au pro-rata des écoutes totales de la plateforme.
Ce modèle est critiqué pour favoriser une poignée d’artistes les plus écoutés, souvent en boucle. Ici tous les abonnés paient pour tous les artistes, même pour ceux qu'on n’écoute jamais.
Le User Centric Payment System (UCPS) est un modèle plus récent
Ce modèle verse des redevances en fonction des écoutes de chaque utilisateur.
Ce modèle est souvent considéré comme plus juste pour les artistes, mais néanmoins, les montants versés aux artistes sont fixés par les plateformes elles-mêmes, qui n'ont pas avantage à les augmenter.
Néanmoins, le vrai modèle d'affaire de ces plateformes demeure l'exploitation des données personnelles des utilisateurs.
En 2015, pour la première fois depuis 1998, les revenus de l'industrie musicale [mondiale] ont augmenté, et ce, grâce aux services de musique en ligne. Les musiciens et les créateurs en profitent toutefois peu.
Autre première : les ventes de musique en ligne ont surpassé les ventes physiques.
Les revenus de la musique en ligne ont augmenté de 45 % en 2015, grâce à la croissance des ventes de téléphones intelligents et à l'abonnement aux services de musique en ligne. Quant aux ventes totales de musique, elles ont augmenté de 3,2 % par rapport à 2014, les portant à 15 milliards de dollars.
Les revenus provenant de la distribution numérique représentent maintenant 45 % des revenus totaux, comparativement à 39 % pour les revenus des ventes physiques.

Les plateformes de streaming musical ont profondément transformé, en l’espace d’une décennie, le modèle économique des industries musicales ainsi que les formes de consommation musicale. Après plusieurs années de disette, ces plateformes ont permis de relancer l’économie de la musique en devenant la première source de revenus des industries au niveau mondial […] permettant, petit à petit, de revenir à des niveaux de revenus précédant « la crise du CD » et l’arrivée de Napster.
Les industries et les artistes québécois ne semblent pourtant pas profiter de ce rebond constaté depuis 2014, ceux-ci ayant enregistré ces dernières années des « revenus faméliques » (Roberge et Bonneau, 2015) – une baisse de plus de 50 % en 10 ans selon l’ADISQ. Qui plus est, si les revenus en direction des artistes et des ayants droit sont en partie connus par les sociétés de gestion de droit, l’inexistence de données d’écoute sur les plateformes de streaming pour le Québec pèse sur la compréhension des raisons propres à ce phénomène de décroissance, voire de paupérisation