...sans précision supplémentaire, le mot “sport” est vide de sens.
D'où la nécessité de distinguer le spectacle sportif de la pratique amateur, le sport professionnel du sport de masse, le sport compétition du sport loisir..
L'industrie de la presse moderne, telle qu'elle se développe à partir des années 1830, repose à la fois sur la vente de copies que sur la vente de publicité. Dès 1850, certains éditeurs comprennent l'intérêt du sport comme vecteur publicitaire.
En 1883, Joseph Pulitzer du New York Times établit le premier département des sports et donne la première page aux courses de chevaux ou aux combats de boxe importants. En 1895, William Randolph Hearst introduit la première section distincte consacrée au sport dans le New York Journal.
Les tirages des journaux ont atteint des sommets jusqu’alors inimaginables dans les années 1880 et 1890, alors que les innovations technologiques réduisaient le coût de l’impression et que l’expansion des villes offrait un énorme marché. Le capitalisme américain continuait d'évoluer et la publicité commerciale devenait un atout concurrentiel majeur pour les commerces de détail. L'édition de journaux devenait une activité très lucrative et les éditeurs commençaient à tirer près de la moitié de leurs revenus de la publicité. Le sport, grâce à sa capacité avérée à attirer les lecteurs, devint un domaine prioritaire à cette époque du « journalisme jaune », une période durant laquelle les conventions journalistiques des temps passés furent balayées dans la lutte concurrentielle pour le profit.
Dès 1890, le journal La Presse annonce la publication gratuite dans sa « colonne de sport » des communiqués qui lui parviendront des différentes associations sportives. Le 26 décembre on parle pour la première fois du sporting editor du journal. Les preuves de l'intérêt croissant du quotidien pour les activités sportives s'accumulent et le 25 août 1894, on peut lire : « La Presse fera désormais une large place au compte rendu autorisé de tous les jeux sportiques et athlétiques pratiqués dans les clubs et les gymnases de la province. Avis en conséquence à tous les intéressés ».
Parallèlement à l'épanouissement de la presse sportive, les années 1920 constituent également une décennie florissante pour la relation entre le sport et les médias de masse : la diffusion d'événements sportifs majeurs contribue à la vente de récepteurs.
Avec la radio, l'événement sportif peut être vécu en direct. Le temps et la distance sont abolis ce qui contribue à développer une toute nouvelle forme de mise en spectacle du sport.
Jusqu'en 1940, la radiodiffusion sportive reste toutefois sporadique, certaines stations étant même créées ponctuellement pour la retransmission d'événements spéciaux.
C'est la radio qui a permis de faire entrer le spectacle vivant du hockey dans les foyers de tout le pays. En 1929, MacLaren Advertising a acquis auprès de Conn Smythe, propriétaire des Maple Leafs de Toronto, les droits de diffusion des matchs de l'équipe à la radio. MacLaren s'est alors employé à vendre ces diffusions à des stations de radio à travers le pays, tout en proposant des partenariats publicitaires aux entreprises qui souhaitaient toucher un public national. La première retransmission de hockey de General Motors a été diffusée le 12 novembre 1931 ; […] Un match entre les Canadiens de Montréal et les Rangers de New York a été diffusé simultanément aux auditeurs. Un réseau ad hoc de stations de radio s'est rapidement développé, diffusant les matchs de hockey du samedi soir depuis Toronto ou Montréal, et à la fin de la saison 1933-1934, les retransmissions touchaient près d'un million d'auditeurs, dans toutes les régions du Canada…
La télévision est inaugurée officiellement à l’été 1952. Le 25 juillet, c’est un match de baseball des Royaux de Montréal, capté en direct du Stadium De Lorimier qui est présenté comme toute première émission publique de télévision la télévision canadienne. Les défis sont divers pour l’industrie : il faut favoriser l’adoption du nouveau média, encourager la fabrication et la vente de postes récepteurs, déployer le service sur de vastes territoires, développer les techniques de captation, de transmission, la mise en scène, etc.
Les réactions étaient diverses, ce vendredi soir dernier, 25 juillet, quand les trois caméras de CBFT entrèrent en action sur le toit du Stadium Delorimier. Mais réaction il y eut. Et vigoureuse encore ! […] Des milliers de Montréalais ont capté dans leurs foyers cette première partie de baseball. Des centaines d’autres y ont assisté sur le trottoir, devant les vitrines des distributeurs d’appareils de TV. L’intérêt était à son comble. On parlait déjà télévision dans la rue, dans les tramways, dans les bureaux depuis de nombreux jours. On en parlera longtemps encore.
Les événements sportifs sont parmi les premiers diffusés par la télévision canadienne, à Montréal en 1952. Pour les commenter et les analyser, on fait appel à des vétérans de la radio, comme à de jeunes journalistes ou animateurs issus de l’information ou de la variété. Ils forment le premier service des sports de la Société Radio-Canada (SRC), une société d’État qui sera le seul diffuseur national jusqu’au début des années 1960. Parmi ceux-ci, les noms de Michel Normandin, René Lecavalier, Jean-Maurice Bailly ou Richard Garneau évoquent encore aujourd’hui un « âge d’or » du journalisme sportif durant lequel ils ont entre autres défini un lexique et un vocabulaire français pour les sports nord-américains, notamment le hockey, le sport le plus important pour la télévision canadienne.
La radio reste toutefois plus populaire que la télévision durant les années 1950.
Tout commence à changer à la fin des années 1950 et au début des années 1960 :
En 1961, John Bassett, propriétaire des Argonauts de Toronto (1957-74) et des Maple Leafs de Toronto (1961-69) fonde le premier réseau privé au Canada, CTV, basé à Toronto. En 1963, c’est Télé-Métropole qui entre en ondes à Montréal. L’arrivée des chaînes privées augmente la demande pour les émissions de sports. Le réseau anglais est plus agressif que le réseau français.
Les années 1970 marquent la fin du monopole de Radio-Canada sur les droits de diffusion olympiques et sur les matchs de la LNH.
Le lancement des premiers satellites de télécommunication au milieu des années 1960 permet de simplifier la retransmission d'images à l'international et d'accélérer leur diffusion, ce qui ouvre de nouvelles possibilités aux détenteurs des droits.
Entre 1974 et 1976, les équipes de la SRC pilotent l’ORTO chargé de la captation et la diffusion des JO de Montréal 1976. L’ORTO regroupe les équipes des principales stations publiques et privées du Québec et de l’Ontario.
CTV et TVA s’associent pour acquérir les droits de diffusion des JO d’hiver à partir des jeux d’Innsbruck de 1976. Ces jeux sont également les premiers JO à voir concourir des athlètes professionnels. En tout, elles présentent 54 h de couverture des Jeux.
Pour les JO de Montréal, Radio-Canada dédie toute sa programmation aux Jeux en y allouant 11 h de sa programmation chaque jour, une première.
Au début des années 1980, TVA annonce que le réseau, qui couvre désormais 90 % du territoire québécois, s’intéressera activement au sport : elle récupère les matchs des Canadiens disputés en semaine (marché local), diffuse le baseball du samedi soir à partir des images de NBC, les matchs de la Manic de Montréal (soccer), propose deux magazines sportifs et couvre des événements (Coupe Memorial, Omnium canadien), des galas de boxe et de lutte (WWF).
En 1986, une troisième chaîne généraliste gratuite est lancée au Québec : Télévision Quatre Saisons (TQS). Dès le départ, la chaîne propose un magazine sportif (Sport Plus), des galas de lutte de la National Wrestling Alliance (NWA), mais surtout, les matchs de hockey des Nordiques de Québec, commandités par la brasserie O’Keefe, et dont les matchs tardent à être diffusés à la télévision en raison de la mainmise de Molstar (Molson) sur les droits de diffusion de la LNH au Canada.
En 1982, le CRTC attribue les premières licences pour des nouveaux services de télévision spécialisée diffusée par le câble.
En 1984, la brasserie Labatt lance la chaîne sportive The Sports Network (TSN), qui sera suivi en 1988 du Réseau des Sports (RDS).
L’augmentation de l’intérêt pour le sport à la télévision et l’augmentation des heures dédiées au sport (notamment grâce à RDS) entraîne une augmentation de la demande pour de nouveaux types d’émissions sportives. Avec quatre stations pour diffuser les matchs, tous les matchs des Canadiens et des Expos peuvent désormais être diffusés à la télévision.
Le baseball et le hockey semblent se diriger dans deux directions opposées. Le baseball tire de plus en plus de revenus des droits de télévision tandis que le hockey doit compter davantage sur des revenus de droits d’entrée. […]
Tout l’hiver, il a été question de construire de nouveaux amphithéâtres pour le hockey […] Le premier objectif vise à accueillir plus de spectateurs. L’ajout de loges de compagnies est aussi un argument qui prêche en faveur de l’agrandissement, car ces loges rapportent des revenus additionnels importants aux propriétaires d’équipes de hockey. Ces revenus amassés «sur place» compensent les maigres revenus de télévision.
Au baseball, le phénomène contraire se produit. On commence plutôt à parler de rapetisser les stades. Les fameux contrats de télévision, en plus de rapporter des sommes astronomiques aux propriétaires et de faire monter les salaires des joueurs, finissent par saturer les amateurs de baseball. Les stades de 50 000 sièges devenant plus difficiles à remplir, on pense à construire des stades d’environ 25 000 places.
De 1995 à 2004 une relation complémentaire s’établit entre les quatre chaînes intéressées par le sport au Québec : la SRC présente près de 50 % des heures dédiées au sport à la télévision généraliste, TVA et TQS l’autre 50 %. RDS complète et diversifie l’offre avec une programmation complète dédiée au sport.
Pour diffuser le plus grand nombre de compétitions et augmenter les ressources publicitaires afin, entre autres, de payer de très onéreux droits de diffusion, Radio-Canada s’associe à RDS pour la première fois pour les JO d’hiver de Nagano 1998.
En 2000, le web prend de plus en plus d’ampleur dans l’expérience des Jeux Olympiques. Au tournant des années 2010, avec l’augmentation de la bande passante, une nouvelle structure de diffusion des JO s’établit entre, d’une part, un diffuseur généraliste principal (SRC/CBC, TVA/CTV), une chaîne spécialisée (RDS/TSN, TVA Sports/SportsNet) et les plateformes de diffusion web.
À partir de 2004, à défaut d’avoir les droits de diffusion des images, on parle de sport. Le talk-show de sport devient une norme à toutes les chaînes (110% puis L’Attaque à 5 à TQS, La Zone à Radio-Canada et L’Antichambre à RDS) à peu près à la même heure en fin de soirée.

Au début des années 2000, les vagues de concentration dans les grandes entreprises de télécommunication fait converger les distributeurs (Bell, Rogers, Vidéotron) et les diffuseurs (RDS, TVA). Ces conglomérats prennent la place qu’occupaient auparavant les brasseries face au sport : elles investissent dans le sport pour diffuser leur marque, leur signal, leurs chaînes.


En 2017, la plateforme DAZN est inaugurée au Canada : c’est le premier service vidéo spécialisé en sport uniquement disponible sur plateforme numérique.

Depuis, les services Apple TV ou Prive Video ont multiplié les ententes de diffusion avec les ligues sportives nord-américaines et les grandes compétitions internationales.