Les mutations récentes du capitalisme « créatif » >>

Tendances contemporaines du capitalisme et effets sur la culture

Définitions

Capitalisme

A. Système économique reposant sur la propriété privée des moyens de production, la libre entreprise et la recherche de profit.
B. Régime politique, économique et social fondé sur la dissociation entre les propriétaires des moyens de production (capitalistes) et les travailleurs qui les mettent en œuvre (prolétariat).

Capital

La notion de capital est très complexe à définir : le mot peut prendre différents sens selon le contexte, selon l’usage, selon l’auteur.

Parfois, le capital désigne quelque chose de bien précis : une somme d’argent, une propriété.

D'autres fois, il englobe un ensemble d’éléments indéfinissable : ensemble des sommes en circulation.

Pour certains, il constitue un potentiel d’émancipation et d’enrichissement, pour d’autres, c’est une source d’aliénation et d’oppression.

« Selon la conception néoclassique traditionnelle, le capital est vu plus précisément comme un des facteurs de production, soit un ensemble de ressources reproductibles dont l’emploi permet […] d’accroître la productivité du travail humain. [...]

Dans ce sens, nous dit [Marx], “les moyens de production matériels (machines, etc.) ne sont pas par nature du capital, ils ne le deviennent que lorsqu’ils sont mis en œuvre par des travailleurs salariés et qu’ils permettent de dégager de la plus-value” (Marx, Le Capital), et donc du profit. Pour lui, toute la question est de savoir d’où vient ce profit, autrement dit cette plus-value. À ses yeux, elle a pour origine le fait que les capitalistes ne paient pas la totalité de la valeur que les salariés produisent par leur travail. »

Profit

Avantage que l'on retire de l'usage de quelque chose.

Le profit peut être de différents ordres : matériel, intellectuel ou moral, par exemple

Recette

Somme amassée par une personne morale ou physique tirée d'activités spécifiques

Dépense

(d'exploitation)

Toute somme déboursée par une personne morale ou physique pour acquérir un bien, un actif ou un droit utilisé dans l'exploitation de ses activités

Produit

Montant global que l'on retire d'une activité commerciale ou financière

Charge

Coût impondérable ou récurrent occasionné par l'exploitation d'une entreprise durant uen période donnée

Plus-value

Bénéfice réalisé lors de la vente d'un bien à un prix supérieur que son prix d'acquisition ou de fabrication

Bénéfice

Montant excédentaire entre les produits et les charges d'une activité ou d'une opération donnée.

Bénéfice brut

Profit égal à la différence entre les revenus et les dépenses, sans en déduire les charges (frais d'administration, d'amortissement, intérêts à payer, impôts, etc.)

Bénéfice net

Excédent une fois comptabilisées toutes les dépenses et les charges (dont les impôts)

La naissance du capitalisme

Le système économique dominant d’aujourd’hui, celui qui organise, entre autres, nos rapports sociaux, est compris sous le terme de capitalisme.

Comme pour le mot économie, le mot « capitalisme » réfère à une multitude de réalités et peut être compris différemment selon la posture que nous adoptons.

Capitalisme et accumulation

«La “soif d’acquérir”, la “recherche du profit”, de l’argent, de la plus grande quantité d’argent possible, n’ont en eux-mêmes rien à voir avec le capitalisme. […] L’avidité d’un gain sans limite n’implique en rien le capitalisme, bien moins encore son ”esprit”. Le capitalisme s’identifierait plutôt avec la domination, à tout le moins avec la modération rationnelle de cette impulsion irrationnelle. Mais il est vrai que le capitalisme est identique à la recherche du profit, d’un profit toujours renouvelé, dans une entreprise continue, rationnelle et capitaliste – il est recherche de la rentabilité. Il y est obligé. Là où toute l’économie est soumise à l’ordre capitaliste, une entreprise capitaliste individuelle qui ne serait pas animée par la recherche de la rentabilité serait condamnée à disparaître.»

L'origine du capitalisme

«Le monde capitaliste n’a pas surgi ex nihilo remplaçant de but en blanc le monde médiéval. La firme capitaliste, les institutions et les pratiques fondamentales du capitalisme, comme le crédit ou le commerce, existaient déjà dans le monde antique (Schumpeter, 1946, p. 189). Le capitalisme démarre dans des îlots, des poches, et non dans l’ensemble de la société. Ses caractéristiques sont déjà présentes dans « l’ancien monde » et notamment dans le monde gréco-romain : « Il y avait des usines produisant pour des marchés ; il y avait des banques et des marchands qui faisaient du commerce international. Les bouleversements et les dévastations accompagnant la chute de l’empire romain de l’ouest ne détruisirent pas entièrement le commerce capitaliste et les manufactures » (Schumpeter, 1946, p. 189).»

Les obstacles médiévaux au développement du capitalisme

« À l’intérieur du monde médiéval, les obstacles sont multiples : les corporations limitent les innovations ainsi que la production et déploient un cadre réglementaire imposant (Schumpeter, 1954, I, p. 254). Néanmoins, l’initiative reste possible : des individus dotés “d’une énergie supranormale” savent s’affranchir des réglementations des guildes, en allant s’installer en dehors de villes où leur poids était trop important (Schumpeter, 1946, p. 190). Les raisons de ce comportement résident dans la recherche de prestige, d’une mobilité sociale ascendante, en se consacrant à la fonction sociale la plus adéquate, la plus valorisée du moment […] »

«Les principales avenues conduisant vers la promotion sociale et les gros revenus consistaient dans l’Église (presque aussi accueillante tout au long du Moyen Age qu’elle l’est de nos jours) et aussi dans la hiérarchie des seigneurs militaires – parfaitement accessible, jusqu’au XIIe siècle, à tout homme physiquement et moralement qualifié, et qui ne s’est jamais complètement fermée ultérieurement. Cependant les capacités et les ambitions hors série ne commencèrent à se diriger vers une troisième avenue, celle des affaires, qu’à partir de l’époque où se révélèrent les chances ouvertes aux entreprises capitalistes – d’abord commerciales et industrielles, puis minières, enfin industrielles.» (Schumpeter, 1947).

Éléments caractéristiques de l'économie capitaliste

Propriété privée du capital

Le droit à la propriété privée permet à une personne de posséder et de disposer d’une chose.

Différents modèles de propriété privée ont existé à travers l’histoire, et toutes les sociétés n’ont pas reconnu ce droit, certaines ayant privilégié d’autres modes de distribution et de partage des biens entre individus.

Selon Karl Marx, il faut différencier deux types de propriété privée :

  • la propriété d’un bien de consommation courante ;
  • la propriété d’un moyen de production.

L’une des particularités du capitalisme est qu’il repose principalement sur le second type de propriété privée.

Économie de marché

L’économie capitaliste est une économie de marché où les biens, les services et les capitaux sont échangés librement dans un marché public.

La valeur monétaire de ces transactions (prix) est variable et est définie par différents facteurs (offre et demande, temps et distance, “confiance” des investisseurs ou des consommateurs, etc.).

L’économie de marché s’oppose en théorie à l’économie planifiée, dans laquelle toutes les décisions économiques relèvent de la décision d’un acteur principal, généralement l’État.

Cependant dans la plupart des sociétés, l’activité économique et le marché sont restreints par des règles qui encadrent les transactions, la production, etc. Ces règles sont prévues par l’État ou par des organes de régulation des marchés et varient selon les législations et les époques.

Certains secteurs de l’économie demeurent relativement soustraits à la logique de la libre concurrence entre les acteurs du marché et relèvent plutôt de l’intervention directe de l’État (ex. éducation, santé).

Division sociale du travail
&
séparation des modes de rémunération

La division du travail constitue l’un des éléments fondamentaux de l’organisation des communautés humaines et même animales. Pourtant, la manière dont le travail est divisé entre les individus d’une société n’a rien de naturel et peut varier profondément selon les sociétés et les époques.

Pour les penseurs classiques de l’économie politique, la division du travail augmente considérablement la productivité et ainsi la création de richesse.

L’une des particularités de l’économie capitaliste est de superposer à la division sociale du travail une séparation des modes de rémunération. Le travailleur, généralement attitré aux tâches simples et difficiles, reçoit un salaire en échange de son temps et de sa force de travail ; le capitaliste (propriétaire des moyens de production) est, quant à lui, rémunéré par le surplus de production rendu possible par le surplus de productivité du capital investi, la sur-value, qui lui permet de générer un profit.

Légitimité et rôle central de la recherche du profit

L’acceptation morale du profit est l’une condition première de l’essor du capitalisme en occident. Le profit et l’accumulation de richesse, n’ont pas toujours été considérées comme des choses normales et légitimes, étant notamment très mal vues par la foi catholique. Selon Max Weber, il faudra un changement « d’esprit », soutenu notamment par le l’essor de la foi protestante, afin de modifier cette perception négative et favoriser le déploiement de la logique capitaliste.

En se déployant, le capitalisme a même fait du profit son principal moteur – aux dépens de la recherche du bonheur, du confort, de la raison, de l’innovation – sacrifiant même à ce dessein les droits et de la sécurité des travailleurs, la protection de l’environnement, le respect de la biodiversité, et nombre de considérations morales ou civiques. Au fil du temps, les arts, la culture et les médias ont également fortement contribué à diffuser et à magnifier l’esprit et les valeurs dominantes du capitalisme (richesse et liberté individuelle, croissance, compétition, etc.), contribuant de la sorte à établir l’hégémonie du système capitaliste.

Conditions de l'émergence du capitalisme en occident

Pour qu’elles puissent se déployer pleinement, les caractéristiques fondamentales du capitalisme ont pu compter sur une série de conditions favorables.

Ces conditions favorables sont nombreuses et complexes, on ne saurait en faire le tour, mais nous pouvons mettre en lumière certains facteurs clés qui ont contribué à faire du capitalisme un système hégémonique à l’aube du XXe siècle :

Rationalisme

Le développement des sciences économiques s’inscrit dans le mouvement large du développement des sciences.

Celui-ci s’engendre au 16e siècle et, avec le mouvement des Lumières, conduit à l’établissement des grandes disciplines scientifiques qui organisent encore, en grande partie, notre manière de catégoriser l’univers (et les départements des universités).

Le développement des sciences s’accompagne d’un intérêt accru pour la méthode, la mesure et l’expérimentation, mettant de l’avant la rationalité, les démarches logiques et les approches empiriques, face aux croyances et au mystère.

Le rationalisme voit l’humain comme étant la source de toute connaissance possible.

L’intérêt pour les sciences nouvelles profite de la diffusion large des idées, notamment grâce aux progrès de l’imprimerie,  qui ont contribué à diffuser les idées du libéralisme et les pratiques qui y sont liées, notamment une nouvelle division sociale du temps et du travail.

Progrès technique
&
Accélération des communications

L’accélération du développement technique contribue également, de manière importante, à l’établissement des pratiques capitalistes.

L’invention de machines qui dépendent de moins en moins des travailleurs ou des animaux et exploitent de plus en plus des ressources extractives (charbon, pétrole, etc.) révolutionne les manières de produire. C'est la révolution industrielle.

Ces machines permettent d’augmenter la production (extraction des ressources, fabrication des biens) et d’accélérer le transport des matières premières et des biens de consommation.

Les nouveaux réseaux de transport terrestres et maritimes sont autant de réseaux de communication qui permettent aux idées et aux biens de circuler.

Au XIXe siècle, les réseaux de télécommunication (courrier, télégramme, radio) accélèrent la distribution et la diffusion des informations – dont les informations économiques, financières ou industrielles. Ces réseaux contribuent à favoriser l’essor des secteurs de la presse et de la publicité, qui en retour, favoriseront l’essor de l’économie capitaliste.

Réorganisation du pouvoir
&
Nouvelles institutions

Ces changements ont lieu au moment où les sociétés occidentales, en partie sous l’influence des nouvelles idées qui circulent, réorganisent les modalités de l’organisation du pouvoir : les monarchies sont contestées et des textes constitutionnels sont rédigés pour créer de nouveaux États-nations, démocratiques.

Alors que le pouvoir était auparavant distribué de manière héréditaire ou méritoire aux aristocrates, dont les revenus découlaient principalement de l’exploitation terrienne et de la perception d’impôts, progressivement (parfois brutalement), il sera approprié par la bourgeoisie, qui s’enrichit de la production et des transactions capitalistes.

Les paysans, expropriés et de moins en moins nécessaires à la production agricole, quittent la campagne pour devenir des travailleurs prolétaires. Ils sont rejoints par les artisans et les petits bourgeois qui ne parviennent plus à soutenir la compétition des grands capitalistes. Pour subsister, il doivent vendre leur force de travail.

Cette réorganisation du pouvoir s’accompagne par la mise en place d’un ensemble de nouvelles institutions sociales qui organisent et régulent la société – école, police, médias – en diffusant ou en imposant les idées et les valeurs de la bourgeoisie capitaliste, ainsi qu'à défendre leurs intérêts, dont la propriété privée.

Idéologie, Colonialisme
&
Exploitation des ressources

Les valeurs et les idées dominantes, hégémoniques, constituent ce qu’on peut appeler l’idéologie d’une société. Au courant du XIXe siècle, non sans contestation, les valeurs et les idées du capitalisme se sont imposées et diffusées à travers le monde, par les nombreux réseaux établis par les États-nations occidentales qui colonisent le monde.

L’impérialisme européen constitue, pour les capitalistes, une manière de s’approprier les ressources des riches colonies, qu’ils transforment et redistribuent ensuite, dans la limite du possible, dans l’ensemble des comptoirs commerciaux qui constituent la colonne vertébrale de ces empires coloniaux. 

D'un côté, il y a les ressources naturelles : sucre, café, thé, minéraux, bois, fruits, etc. 

De l'autre côté, il y a les ressources humaines : les populations autochtones, qui constituent une main d’œuvre très bon marché, voire une source d’esclaves, mais aussi les colons qui sont envoyés pour défricher et peupler ces territoires, non sans risque.

L'exploitation des ressources au profit du capital s'accompagne d'une amélioration constante de la qualité de vie, dans les métropoles qui s'enrichissent, mais aussi, en partie, dans les comptoirs qui profitent des investissements coloniaux — à fort prix toutefois.

Néolibéralisme

Dès les années 1940, mais plus fortement à partir des années 1970, une doctrine économique prend un essor considérable auprès des économistes : le néolibéralisme. 

Le terme sert d’abord à qualifier les économistes libéraux de l’école autrichienne (Friederich von Hayek) et de l’École de Chicago (Milton Friedman, Gary Becker), mais s'étend rapidement à la sphère politique européenne et nord-américaine.

Ces critiques de l’interventionnisme étatique, de l’État-providence, prônent le plus grand libéralisme, la plus grande concurrence, et le moins d’intervention possible de la part de l’État.

Différents courants néolibéraux existent, mais tous s’entendent généralement sur une série de principes consensuels.

Ce «consensus de Washington», établi à la fin des années 1980, pose comme principes que :

  • les dépenses publiques doivent être limitées à des interventions majeures ou à assurer un filet social minimal;
  • les taux marginaux d’imposition doivent être tenus au plus bas
  • les taux d’intérêts doivent être fixés par le marché;
  • les capitaux doivent pouvoir circuler librement;
  • le commerce extérieur doit être le moins entravé possible;
  • les règles (protection de l’environnement, protection sociale, etc.) doivent être le moins contraignantes possible; 
  • la propriété privée et intellectuelle doivent être protégées de manière accrue.

 

Privatisation

Action de remettre à l’entreprise privée la propriété et la gestion d’un secteur d’activité économique étatisé.

La privatisation fait partie des politiques que l’Organisation mondiale du commerce (OMC), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque Mondiale (BM) travaillent à implanter à l’échelle de la planète.

Essentiellement, ces politiques visent :

  • à ouvrir de nouveaux marchés aux riches investisseurs par le biais des privatisations;
  • à couper dans les impôts et les services gouvernementaux afin de modifier le rôle et restreindre les pouvoirs d’intervention de l’État, ce qui a également pour effet de favoriser les privatisations;
  • à réglementer en faveur du patronat et des investisseurs, favorisant ainsi un développement économique sauvage et ce, dans divers domaines. (travail, environnement, le logement, etc.) ;
  • à refiler à la majorité le transfert de coûts liés à ces mesures qui ont pour impact d’appauvrir la population, principalement les plus pauvres d’entre-nous;

bref, à privatiser les profits tout en socialisant les pertes.

Capitalisme tardif

Depuis les années 1970, et à plus forte raison depuis les années 1980 et 1990, un certain nombre de tendances néolibérales se sont imposées dans les orientations du capitalisme libéralisé, pavant la voie à la naissance des géants du numérique qui dominent aujourd'hui l'économie mondiale financiarisée.

Libéralisation

Mesure ou ensemble de mesures visant à favoriser les échanges commerciaux par la réduction des tarifs douaniers et l’élargissement de la quantité de marchandises qui peuvent être produites, exportées, importées, mises en circulation.
La libéralisation des échanges économiques repose sur un principe clé : la réduction ou l’abolition des barrières qui limitent la circulation des biens, des capitaux et des personnes.

Cette orientation économique implique généralement l’élimination des barrières tarifaires, des subventions à l’exportation, des quotas (de production, d’importation), de normes administratives et législatives.
La libéralisation de l’économie prône donc que les entreprises devraient rencontrer le moins de contraintes possibles dans leurs activités : moins de lois, moins de règlements, moins de comptes à rendre. La logique derrière cette doctrine économique est que plus le marché est «libre», mieux se porte l’économie.

Déréglementation

Allégement ou suppression de la réglementation dans le but de diminuer les contraintes juridiques pesant sur l’exercice dans un secteur d'activités donné.

La déréglementation vise à éliminer les entraves au marché libre, à stimuler la concurrence et à encourager les innovations.

Début de la dérégulation des secteurs de l’information et de la communication avec l’arrivée de Ronald Reagan au pouvoir. En 1985, une entreprise pourra détenir jusqu’à douze chaînes (contre sept en 1981).

Sous l’impulsion du président Reagan, la Commission fédérale des communications (FCC) abroge le principe d’impartialité dans les médias (lire « Le principe d’impartialité »).

Le président William “Bill” Clinton signe le Telecommunications Act, qui abolit les restrictions en matière de concentration dans le secteur radiophonique. Le nombre de propriétaires baissera de 25% en cinq ans.

Etats-Unis. Chute des valeurs de la « nouvelle économie », liées aux secteurs de l’informatique et des télécommunications, à Wall Street (« bulle Internet »).

Conséquence directe de la déréglementation des secteurs financiers, la crise des «subprimes» (surprimes) frappe durement l’économie américaine, entraînant des effets sur l’ensemble de l’économie mondiale.

Selon les théories libérales, la libéralisation et la déréglementation permettraient, en augmentant les échanges internationaux, de favoriser le développement de tous les pays en encourageant la spécialisation des économies nationales au profit d’une économie mondiale.

Financiarisation

La financiarisation désigne l'importance croissante des logiques financières dans les rapports économiques : priorisation des critères de rentabilité, poids accru des investisseurs, augmentation de l'influence des marchés, facilité de l'accès au crédit,
rôle prédominant de l’actionnariat financier et contrôle managérial des organisations.

À partir de la fin des années 1970, la propriété des entreprises se déplace : autrefois liée à des individus (entrepreneurs) et souvent administrée de manière familiale, la gestion de la propriété des entreprises est désormais de plus en plus confiée à des spécialistes du management. Ceux-ci représentent les intérêts des actionnaires, dont l’objectif principal est la rentabilité.

Le rôle des banques et du crédit, des marchés boursiers, ainsi que des firmes d’assurances ou d’investissement croît considérablement durant cette période :

Les banques et compagnies de crédit sont au cœur d’un système de prêts et d’endettement généralisé, rendu essentiel pour assurer la croissance des entreprises et soutenir le rythme de la consommation.
Les bourses, bénéficiant de l’accélération rapide des télécommunications, font transiger les titres entre les actionnaires et les entreprises et contribuent à générer de la spéculation.
Les firmes d’assurances ou d’investissement, concentrant les investissements de l’ensemble des petits ou des grands investisseurs, orientent par leurs décisions de placements l’évolution des marchés et de l’épargne.

Le capitalisme financier se caractérise par une diminution de l’importance relative de la rémunération (salaire) sur la valeur ajoutée : en bref, les salaires des travailleurs ne comptent plus autant dans la répartition prix d’un produit.

Cela s’explique par les avancées technologiques et l’automatisation grandissante des chaînes de production, la faible croissance de la rémunération des travailleuses et des travailleurs, la croissance de la part relative accordée aux actifs immatériels (brevets, propriétés intellectuelles) et le renforcement de la concentration des entreprises.

Parallèlement, la part de la valeur ajoutée revenant aux actionnaires (sous forme de dividendes notamment) augmente considérablement à partir des années 1980 et les managers, hauts-dirigeants et autres membres des conseils d’administration reçoivent une part grandissante de leur rémunération sous forme d’actions.

Très tôt, les critiques remarquent que cet état des choses diminue la responsabilité sociale et environnementale des entreprises, qui subordonnent tout à la recherche de profit, et contribue à une quête de croissance infinie, irréaliste et qui génère d’importantes inégalités sociales ainsi que la surexploitation abusive des ressources naturelles.

Le développement du capitalisme dans sa phase industrielle reposait sur l’expansion de la production. Le capital (l’argent qui est réinvesti) devait être alloué en partie à des investissements productifs, c’est-à-dire qui permettent d’augmenter la capacité de production (par exemple, l’achat de machines plus performantes ou la construction de nouvelles usines).

La logique financière est tout autre. Le capital n’a plus à passer par le détour de la production pour fructifier ; sa simple circulation engendre une création de capital neuf. L’investissement à court terme devient la norme et c’est la spéculation qui fait augmenter la valeur d’un actif.

Posséder un actif financier, c’est posséder le droit sur un revenu futur, obtenu par une fluctuation de la valeur de cet actif que génère la spéculation. Le risque rattaché à ce type d’actif est donc beaucoup plus élevé qu’avec les investissements productifs, puisque la valeur d’un actif dépend de la confiance que les acteurs lui portent et sa variation est alimentée par des rumeurs qui sont par définition très volatiles.

La déréglementation, la privatisation et la financiarisation ont pour effet de contribuer à encourager la concentration des entreprises, favorisant certains groupes qui parviennent à occuper des positions de monopoles ou s’inscrivent dans des logiques d’oligopoles avec d’autres géants, laissant peu de place aux alternatives. Ces entreprises sont souvent très diversifiées, intégrées horizontalement ou verticalement contrôlant l’ensemble de la chaîne de valorisation.

CONCENTRATION

La concentration désigne le processus par lequel un petit nombre d'acteurs prennent le contrôle d'une variété d'entreprises ou d'actifs.

La concentration peut être horizontale (fusion d’entreprises d’un même secteur) ou verticale (maîtrise de la chaîne de valeur).

DIVERSIFICATION

La diversification désigne le processus d'intégration de nouvelles activités, de nouveaux marchés, formats ou technologies, soit par la création de nouvelles branches au sein d'une entreprise, ou par la fusion d'entreprises au sein d'un conglomérat.

MONDIALISATION

La mondialisation se caractérise par l’extension des relations et des échanges internationaux et transnationaux à l’échelle du monde, favorisée par la croissance de la rapidité des transports et des communications.

La mondialisation de l’économie repose sur la libre circulation des biens et des capitaux entre les pays et sur la capacité des entreprises à développer et soutenir des activités dans des marchés étrangers afin de créer de nouveaux débouchés.

Multinationales

Profitant de l’ouverture des frontières économiques, les grandes entreprises capitalistes, souvent déjà implantées dans les autres pays, renforcent leurs positions dans les marchés locaux et nationaux.

L’un des exemples de cette nouvelle ère du capitalisme est l’expansion internationale des chaînes d’alimentation rapide américaines.

Délocalisation

La mondialisation permet également de délocaliser des activités dans des pays où les salaires sont plus bas et où les normes du travail sont moins contraignantes. Elle permet aussi d’acquérir ou d’exploiter des ressources à bas prix dans des régions aux règles environnementales et sociales plus souples.

Paradis fiscaux

La libéralisation, la dérégulation et la mondialisation de l’économie, en favorisant les mouvements de capitaux, rend possible des stratagèmes d’évitement et d’évasion fiscale pour les grandes entreprises et les individus qui en ont les moyens et qui parviennent à réduire leur charge fiscale.

Ubérisation

Empruntant au nom de l’entreprise états-unienne Uber qui a littéralement écrit les règles de ce phénomène, l’ubérisation se caractérise par six tendances spécifiques au capitalisme contemporain, construisant sur les tendances en place :

  • «Innovation» : l’ubérisation propose un solutionnisme technologique aux défis posés aux entreprises et aux consommateurs

  • Disruption : le modèle d’affaire repose sur une faible responsabilité sociale et environnementale des entreprises

  • Stratégies prédatrices : le succès de ces entreprises repose sur un marketing agressif visant à briser modèles traditionnels en place

  • Centralisation : souvent qualifiée d’«économie de partage», l’ubérisation repose en fait sur une centralisation considérable de la part d’acteurs qui tentent d’assurer une position monopolistique à l’échelle internationale

  • Croissance anticipée : la valeur de ces entreprises ne repose pas sur les revenus réels générés par l’entreprise, mais sur les revenus anticipés, la rente, bref, les profits futurs que générera l’entreprise lorsqu’elle sera en situation de contrôle du marché

  • Évitement et évasion fiscale : en plus de la disruption, les entreprises ubérisées mettent à profit d’importants stratagèmes visant à éviter de payer l’impôt prévu par les États où elles s’implantent

Ce contexte très changeant est par ailleurs marqué par le renforcement d’un type de travailleur, travaillant par projet et intermittence. Plusieurs auteurs en parlent comme étant un travailleur 2.0, ou encore un travailleur nomade. On retrouve cette forme de travail dans des réseaux particuliers tels que ceux de l’innovation ouverte (peer production, peer-to-peer ou P2P) (Chesbrough, 2003 ; Yagoubi, Tremblay, 2017b) ou des réseaux de l’économie collaborative et de partage. Toutefois ces statuts de travailleurs sont souvent critiqués, car souvent ce type de travailleur garde un statut précaire sans avantages sociaux. Dans le cas de l’ubérisation du travail, le travailleur s’inscrit dans une économie dite collaborative ou de partage, mais la notion de partage prend un sens bien particulier […]

D'après l’idéologie portée par les discours liés à ce nouveau capitalisme, on devrait s'attendre à :

  • une redynamisation continue de l’économie
  • une autonomie et une créativité au travail
  • une ouverture et mobilité
  • une prospérité partagée
  • un dépérissement de l’État

Au lieu de  cela, on assiste à

  • une prise de contrôle par des monopoles qui absorbent les start-up pour innover
  • une culture du contrôle de l'utilisation des ressources, en particulier du temps, ainsi que du comportement émotionnel dans les rapports avec les autres (exploitation des traces d’interaction)
  • la baisse du niveau moyen de latitude professionnelle, y compris chez les cadres (mais pas pour les dirigeants dont, les pouvoirs sont étendus) et l'exigence de compétences larges et complexes pour s’adapter aux nécessités de l’entreprise, par l’adhésion aux valeurs de l’entreprise
  • une croissance des inégalités, au sein des entreprises, mais aussi plus largement
  • l’État reste le gardien des droits de ces entreprises en ne réglementant pas ou peu

Par dessus-tout, l'ubérisation repose sur la numérisation généralisée de nos rapports sociaux

Au cours des 25 dernières années, les industries de la culture et des communications sont passées de la périphérie au centre de l’activité économique dans plusieurs pays un peu partout dans le monde.

La propriété et l’organisation des entreprises culturelles et créatives a changé radicalement :
  • les plus grandes entreprises se sont diversifiées et opèrent de manière transversale dans plusieurs secteurs
  • les conglomérats sont en compétition, mais sont aussi fortement connectés entre eux et avec d’autres entreprises dans des réseaux d’alliances, de partenariats et de coentreprises
  • les plus petites et moyennes entreprises sont toujours plus nombreuses et de plus en plus spécialisées
  • les petites, moyennes et grandes entreprises sont liées par des liens dont la complexité augmente
La numérisation, l’internet et la téléphonie mobile ont multiplié les formes d’accès aux contenus médiatiques et ont simplifié la production à petite échelle.
Le développement des technologies de l’information a favorisé l’émergence de nouvelles entreprises qui compétitionnent et collaborent avec les entreprises traditionnelles des icc et de l’électronique.
Après une quinzaine d’années durant lesquelles la gratuité était la norme sur internet, l’abonnement s’est imposé comme principale modalité d’accès aux contenus culturels, au détriment de la vente directe aux consommateurs.
Les montants investis en publicité ont augmenté considérablement, contribuant à la croissance des industries culturelles et créatives
Les revenus de la publicité ont été absorbés par les entreprises technologiques - moteurs de recherche et médias sociaux - et les revenus publicitaires des entreprises traditionnelles ont chuté
Les produits culturels circulent plus que jamais au-delà des frontières nationales et favorisent à la fois l’hybridation, à travers l’emprunt et l’adaptation, et la réaffirmation de l’authenticité culturelle.
Les approches historiques en matière de politiques et de réglementations gouvernementales, dont la propriété publique des entreprises, ont été attaquées et démantelées.
Les décisions importantes sont soumises à des négociations internationales
Les entreprises culturelles prennent une importance significative dans les décisions politiques et sociales au niveau local, participant activement à la revitalisation économique et offrant des avantages compétitifs aux villes et des régions qui cherchent à améliorer leur attractivité auprès des touristes, des entreprises, des travailleurs qualifiés et des investisseurs.
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