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Définitions et concepts

Un bien culturel est un bien d’information, c’est-à-dire, un produit de la créativité humaine, une idée ou un assemblage d’idées, un bien intangible fixé sur un support physique.

Marc Ménard (2004)

Un bien culturel est un bien symbolique qui, parce qu’il est porteur d’identité, de valeurs et de sens, ne peut pas être traité comme n’importe quel autre bien.

Ce point de vue, né de l’anthropologie et de la sociologie et abondamment repris par l’UNESCO, notamment, constitue un argument solide en faveur d’un traitement particulier à accorder aux biens culturels.

Marc Ménard (2004)

Marcelle Ferron (1975) Les Dunes

Des biens triplement symboliques


1. Par le coefficient d’imaginaire qu’ils véhiculent, qui tend à les convertir en médias et moyens de communication et qui en surdétermine la valeur économique;

2. Par le profit symbolique que ces mêmes produits promettent à leurs consommateurs et que, dans une certaine mesure, ils leur procurent lorsque les symboles sont utilisés à bon escient;

3. Par les conditions dans lesquelles [i] la mise au point de ces produits, [ii] la mobilisation des ressources nécessaires à leur conception, [iii] les modalités de leur production et [iv] la prévalence de la recherche systématique de la nouveauté visent à aligner – sans d’ailleurs forcément y parvenir toujours – les facteurs matériels et infrastructurels sur les impératifs de la gestion des (et par les) symboles.

Des biens immatériels et matériels

Les biens culturels sont à la fois immatériels (idées, savoirs, performances) et matériels (objets meubles et immeubles, performances).

Les biens culturels peuvent être :

  • des biens historiques (bâtiments, artéfacts, images)
  • des œuvres d’art uniques (peintures, sculptures, performances)
  • des objets reproductibles (livres, disques, fichiers)

Des biens d'expérience

Les biens culturels sont des biens d’expérience, puisqu’on peut difficilement estimer leur qualité sans les avoir consommés.

Des biens collectifs et non rivaux

En théorie, personne ne peut empêcher quiconque de consommer un bien culturel, de posséder un savoir, de connaître une information.

Les biens culturels, du moins en partie, sont des biens collectifs qui ne peuvent pas tout à fait être appropriés.

Ce sont des biens non exclusifs ou non rivaux: la consommation par une personne ne prive pas les autres personnes de consommer le même bien.

Des biens privés marchandisables

Parce qu’ils sont distribués sur des supports physiques, on peut s’approprier les biens culturels, en faire des biens privés et ainsi en contrôler l’accès, tarifer la consommation.

Tous les biens culturels, matériels comme immatériels, peuvent devenir des marchandises dans un système organisé autour de l’économie de marché (capitalisme).

Les deux principaux marchés des biens culturels

Ces « marchandises à contenu symbolique » sont des biens ou des produits culturels qui s’échangent et sont consommés par différents publics dans deux principaux marchés des biens culturels :

Le marché des œuvres uniques

Le marché des œuvres reproduites

Le marché des œuvres "uniques"

La valeur monétaire d'une œuvre unique, non reproductible ou volontairement non reproduite (ou dans certains cas de l'original ou d'une copie rare d'une œuvre reproductible (manuscrit, maquette, etc.) – s'établit généralement sur les bases de la rareté, par les principes de la loi de l'offre et de la demande.

En dehors de toute valeur esthétique ou sentimentale, la valeur d'échange, dans le marché de l'art, n'a pratiquement aucune corrélation avec la valeur d'usage d'une œuvre, pas plus qu'avec la valeur du travail accompli. 

Comedian Maurizio Cattelan (2019)

Cette œuvre d’art éphémère, présentée dans le cadre du Art Basel de Miami Beach, a été vendue en trois exemplaires pour la somme de 120 000 US$ chaque, avant d’être décrochée du mur et mangée dans une performance par l’artiste David Datuna intitulée Hungry Artist. La copie originale de l’oeuvre (i.e. le certificat d’authenticité et les diagrames d’instructions pour l’installation) a été offerte au Solomon R. Guggenheim Museum de New York.

Le marché des œuvres reproduites

Les œuvres destinées à la reproduction en de multiples copies se caractérisent par un investissement, souvent risqué, à des fins de valorisation du capital investi.

La production et la reproduction de ces œuvres est mécanisée à plusieurs niveaux, et la création s'inscrit dans des processus industriels qui impliquent diverses formes de division du travail. C'est ce qu'on comprend généralement sous l'expression industrialisation de la culture, ou industries culturelles.

Campbell's Soup Cans Andy Warhol (1962)

Cette œuvre est l'une des plus représentatives du pop art en proposant une reproduction (limitée) d'une représentation d'un objet de consommation courant. Le contraste entre l'objet de consommation éphémère et peu cher et l'œuvre d'art pérenne et coûteuse joue sur la frontière entre l'art et la consommation, l'œuvre et la marchandise. Bien que ce ne soit pas une œuvre destinée à la reproduction, une marchandise culturelle, elle représente bien comment l'art et le commerce ont évolué au courant du 20e siècle.
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