En 1991, Tim Berners Lee annonce la mise en place du World Wide Web, visant à remplacer le réseau Arpanet, développé par des universitaires et utilisé à des fins militaires.
L’idée de relier entre eux différents ordinateurs pour permettre à leurs utilisateurs de communiquer à distance naît au début des années 1960. Il faudra toutefois attendre le début des années 1990 pour que cette idée prenne véritablement son envol.
À l’origine, ce réseau est pensé comme un service public, et son développement est soutenu et financé par le gouvernement des États-Unis à travers des programmes de recherche scientifique et militaire.
Poussés par l’impératif du profit, tous ont compris l’opportunité offerte par ce vaste nouveau secteur et la nécessité de brancher les individus et les entreprises sur internet. […] Tandis que les investisseurs étaient à l’affût des retombées potentielles de ce secteur, les entreprises ont adopté un modèle de “la croissance avant les profits”. Même si bon nombre de ces entreprises manquaient de sources de revenus et que certaines ne dégageaient même aucun profit, elles espéraient qu’une croissance fulgurante leur permettrait de mettre la main sur des parts de marché par lesquelles elles domineraient éventuellement ce qui était considéré comme un nouveau secteur incontournable. Selon ce qui finira par devenir un trait caractéristique du secteur numérique et qui subsiste encore aujourd’hui, ces entreprises devaient aspirer à une position monopolistique.
À partir de 1995, les entreprises de télécommunication prennent de plus en plus d’importance dans le marché de l’audiovisuel.
Le développement de la câblodistribution, du satellite, de la téléphonie cellulaire et de la distribution de l’internet font converger d’importants capitaux vers des acteurs jusqu’alors marginaux.
Jusqu'à ce jour, une certaine incertitude entourait la question de savoir si les services de nouveaux médias constituent ou pas de la radiodiffusion, compte tenu du caractère général des définitions d'« émission » et de « radiodiffusion dans la Loi sur la radiodiffusion. [...]
Le Conseil estime que la majorité des services offerts sur Internet se composent principalement de textes alphanumériques et que, par conséquent, ils ne font pas partie du champ d'application de la Loi sur la radiodiffusion et échappent ainsi à sa compétence.
Parmi les services qui ne correspondent pas non plus à la définition de radiodiffusion, on retrouve les services qui accordent une place importante au contenu personnalisable, soit ceux qui permettent aux utilisateurs d'avoir une expérience individuelle, une interaction face à face, leur permettant ainsi de créer un contenu qui leur est propre. Le Conseil estime que les services de ce type ne comportent pas de transmission d'émissions destinées à être reçues par le public et qu'ils ne sont donc pas de la radiodiffusion.
Il est aussi ressorti clairement que certains services de nouveaux médias se classent sous les définitions « d'émission » et de « radiodiffusion » de la Loi sur la radiodiffusion. Il s'agit des services sonores numériques ainsi que de signaux sonores/visuels.
Dans le cas des entreprises qui offrent des services de nouveaux médias visés par la définition de radiodiffusion, le Conseil a conclu qu'il n'est pas nécessaire de les réglementer pour atteindre les objectifs de la Loi sur la radiodiffusion. [...]
Dans le secteur des «communications» comme dans d’autres secteurs industriels, les stratégies financières et industrielles dominantes au début des années 2000 reposent sur l’augmentation de la taille des groupes par :
Les entreprises misent sur ces stratégies industrielles afin de :
Pour y parvenir, elles :
Les domaines des télécommunications et de la radiodiffusion évoluent rapidement et convergent en un seul univers des communications. La durée des cycles d’innovation, d’adoption et d’innovation supplémentaire, concernant les services, les applications et l’infrastructure se mesure maintenant en mois plutôt qu’en années. Les organismes de réglementation du monde entier ont peine à suivre le rythme. Lorsque des intérêts nationaux aussi essentiels que l’expression culturelle et une industrie des communications valant plusieurs milliards de dollars sont en jeu, l’étude approfondie des défis et occasions d’une réponse à la fois rapide et mesurée à l’évolution technologique s’avère nécessaire.
Le terme convergence désigne un ensemble de logiques qui peuvent affecter différents domaines et qui ont transformé les dynamiques économiques et le développement technologique :
Les fenêtres de diffusion renvoient à la segmentation de la mise en marché des oeuvres cinématographiques et télévisuelles selon le moment, le format, l’équipement, le lieu de consommation et la nature du paiement fait par le consommateur.
La notion de «fenêtre de diffusion» n’est pas explicite. Elle est souvent couplée ou utilisée à la place des termes «fenêtres d’exploitation» ou de «fenêtre de distribution». Elle désigne généralement les «fenêtres temporelles » du cycle de vie d’un film, c’est-à-dire aux périodes successives de sa mise à disposition sur différents supports, inscrites dans une chronologie des médias, variable selon les pays, les régions et les types de production. Les fenêtres de diffusion d’une œuvre cinématographique sont généralement définies dans cet ordre :
Chacune de ces fenêtres se construit autour de technologies spécifiques et connaît une évolution technologique et structurelle. Elles regroupent des acteurs propres et présentent des mécanismes de compétition interne, ainsi que des positions et des relations de compétition et de collaboration avec les autres acteurs de la filière et de l’industrie.
Chaque fenêtre possède ses modes de financement, de rétribution, de reproduction, de copie et de transfert, légaux ou non.
Enfin, ces fenêtres sont étroitement liées à des pratiques d’usage spécifiques qui tendent progressivement vers l’individualisation et la personnalisation.
Le vidéogramme, c'est-à-dire tout format de copie personnelle d'un contenu audiovisuel, a ajouté une nouvelle fenêtre d'exploitation pour les productions à partir des années 1980.
Les ventes de films en vidéogrammes ont longtemps été plus importantes que celles des émissions de télévision, en raison de l'espace considérable qu'occupaient les séries télé sur support VHS – le format vidéo qui s'imposera au milieu des années 1980.
L'arrivée du DVD, plus compact et capable de contenir plusieurs heures de contenus audiovisuels, permet aux séries de connaître une popularité croissante dès le début des années 2000. Ce nouveau mode de consommation de contenus télévisuels a donné naissance à de nouvelles habitudes : le visionnage en rafale (binge-watching).
Son mode de financement repose sur l'achat de copies personnelles (cassettes, disques) et de technologies dédiées (lecteurs).


Provoquant d'abord des crises dans les secteurs de l'information, de l'édition et de la musique, les nouvelles technologies et les nouvelles pratiques de production et de consommation médiatiques affecteront les productions pour écrans vers 2010, en partie grâce à l'accélération et à la croissance des capacités de transfert de données par internet.
Les améliorations du réseau Internet ont ouvert la voie à de profondes transformations et à l’émergence de nouvelles pratiques telles que la télévision par contournement (TPC ou OTT : over the top), la vidéo à la demande par abonnement (SVOD) ou la webtélévision – y compris des pratiques illicites ou illégales.
Le déploiement des productions audiovisuelles dans ces différentes fenêtres de diffusion s’est accéléré au rythme de leur multiplication.
Les films restent moins longtemps à l'affiche au cinéma, leur sortie sur support physique, leur disponibilité sur les plateformes de vidéo sur demande et leur diffusion à la télévision surviennent plus rapidement. La séquence s'est également diversifiée, certains films étant diffusés simultanément sur plusieurs fenêtres.
Les séries télévisées sont quant à elles bien souvent offertes d'abord aux abonnés des services numériques de diffusion avant d'être diffusées à la télévision conventionnelle.
La convergence des contenus cinématographiques et des contenus télévisuels sur ces nouveaux services de diffusion participe à brouiller la frontière entre les contenus, phénomène qu'accentue également les budgets considérables accordés à la production de certaines séries.
Tout au long de la première décennie du 21e siècle, on supposait généralement que les «nouveaux médias» allaient tuer les «vieux médias» comme la télévision, et cette perspective était si généralisée qu’elle a occulté ce qui se passe réellement. Les médias ne meurent pas. L’écrit, les images fixes ou animées, et les complexes formés par les ensembles industriels, les pratiques des audiences, et les caractéristiques qui parviennent à définir les différents textes médiatiques persistent. Les systèmes de distribution employés pour faire circuler ces textes, cependant, évoluent avec une constance régulière et ces différents systèmes de distribution présentent différentes possibilités qui participent aux changements variés qui affectent la production et la consommation des médias.
Parmi les nouveaux acteurs de l’écosystème médiatique, les portails sont ceux qui ont certainement le plus redéfini les pratiques de la télévision et du cinéma en un laps de temps remarquablement court.
J’utilise le terme “portail” pour distinguer ces importants services intermédiaires qui collectent, choisissent (curate) et distribuent des programmes de télévision par internet. Les portails comme Netflix, [Amazon Prime, Disney Plus] et HBO Now sont l’équivalent internet des chaînes de télévision.
Les fonctions centrales des portails consistent à :
La sélection des contenus constitue une tâche clé tant pour les télédiffuseurs que pour les portails. Ces derniers se démarquent toutefois en se libérant de la « programmation » traditionnelle, offrant une expérience d’écoute non linéaire.


Les portails produisent des contenus en s'appuyant, règle générale, sur les normes de la production «traditionnelle» : ils établissent des contrats avec des compagnies de production liés à la production de contenus spécifiques.
Toutefois, ils renversent le modèle classique de rémunération en accordant une rémunération ponctuelle pour la création ou l'acquisition initiale, moins liée à la performance du contenu.
La stratégie des portail vise à négocier des droits d'usage illimité pour une période de temps prédéterminée. Cela contribue à limiter le potentiel de droits résiduels générés par les différentes fenêtres de diffusion.
L'objectif des portails étant de parvenir à un équilibre qui consiste à proposer le moins de contenus possible tout en retenant le maximum d’abonnés.
Les portails se présentent ainsi comme un nouveau modèle de « club », dont les caractéristiques principales consistent à agir comme curateurs d’une collection de biens symboliques. L’accès à cette collection se fait généralement par l’achat d’un abonnement, permettant de profiter virtuellement et sans limite des contenus, tandis que les portails déploient des stratégies différenciées selon la taille ou le type de collections qu’ils cherchent à valoriser.
Les revenus des portails sont constants : ils sont liés au nombre d’abonnés plutôt qu’à la consommation de certains produits spécifiques (modèle éditorial) ou de la quantité de la consommation (modèle du compteur).
Les portails bénéficient d’économies d’échelle et d’un coût marginal pratiquement nul. Ils peuvent également proposer une plus grande variété de stratégies de tarification que ce qui est normalement proposé.
De manière générale, les stratégies des portails visant à attirer et retenir les abonnements reposent sur
Les portails peuvent adopter des stratégies différentes selon qu’ils visent un marché généraliste ou de niche, et leurs choix stratégiques dépendent également de la possession ou non de la propriété intellectuelle des œuvres… un peu comme le fonctionnement de la télévision traditionnelle.

Ils se distinguent également de la télévision conventionnelle par l’interface utilisateur, qui transforme l’expérience : celle-ci n’est plus « passive », mais active, et se construit au fur et à mesure de l’usage.
Les portails sont des organisations économiques composées d’employés visant à assurer la curation, la négociation d’ententes (licensing), l’infrastructure technique, le développement de la clientèle et les différents services afférents.
Les portails ouvrent la porte à de nouveaux emplois «créatifs» :
De façon générale, les plateformes désignent des infrastructures numériques qui permettent à deux ou à plusieurs groupes d’interagir. Elles agissent donc comme intermédiaires entre différents usagers : clients, annonceurs, publicitaires, prestataires de services, producteurs, fournisseurs et même des objets physiques.
La plupart du temps, les plateformes proposent une série d’outils qui donnent la possibilité à leurs usagers de créer leurs propres produits, services et marchés. En vertu de leur position d’intermédiaires, les plateformes s’assurent non seulement l’accès à une plus grande quantité de données, mais également le contrôle et la gouvernance des règles du jeu.
Les conditions favorables communes dont ont bénéficié certains acteurs de l’internet marchand pour grandir au point de constituer un oligopole peuvent être résumées en quatre facteurs tous étroitement liés à l’hégémonie néolibérale et l’évolution globale de l’économie : la théorisation de la convergence technologique, la financiarisation, la dérégulation et la mondialisation de l’économie.
Les plateformes n’apportent que très peu d’actifs.
C’est aux « travailleurs » (clients-producteurs) de constituer et d’apporter le capital nécessaire à la réalisation du travail, et à en supporter les risques associés. Ces usagers (individus-entreprises) mobilisent un capital préalable (véhicule automobile (uber), appartement (airbnb) équipement de production (youtube), etc.) pour exercer leur activité.
La rémunération par la plateforme se fait généralement par commission (copies individuelles ou services) ou au prorata de l’attention ou des intéractions générées (services, produits de flot), mais il existe un grand nombre de modalités (forfait, à la pièce, au clic, à la réponse client ou hit (human intelligence tasks).
Les plateformes décident généralement seules de cette rémunération, des conditions d’utilisation et des paramètres des interactions. Les usagers n’ont aucune marge de manœuvre. L’évaluation des clients et l’évaluation par le réseau peuvent aussi entrer en ligne de compte dans la rémunération ou l’accès aux données et au réseau.
Le tournant visuel des médias sociaux a été rendu possible par l’amélioration technologique (téléphones dotés de caméras performantes, hausse de la bande passante, outils de montage intégrés) et par l’adoption de pratiques intégrant d’abord de plus en plus d’images, puis de la vidéo, aux contenus publiés sur les plateformes.
Les plateformes ont elles-mêmes accompagné et accéléré ce mouvement par : les préférences des algorithmes de recommandation sont passées du texte à la photo (Instagram), puis à la vidéo courte et verticale (TikTok, Reels, Shorts).
Les plateformes rassemblent dans un même espace de visibilité des acteurs aux logiques très différentes :
Ces contenus de statuts différents sont présentés dans des formats similaires et se font concurrence pour la même ressource rare : l’attention.
La multiplication des contenus s’accompagne du déploiement de statuts hybrides, entre production et consommation :
La frontière entre producteur et consommateur devient poreuse : on parle de prosommateurs ou de culture participative.
L’arrivée de ces nouveaux acteurs perturbe les chaînes de production et de distribution établies. Les plateformes jouent le rôle d’intermédiaires qui court-circuitent ou redéfinissent les positions antérieures :
Les plateformes permettent néanmoins une plus grande démocratisation de la prise de parole, donnent de la visibilité à des voix et de communautés marginalisées, et permettent la prolifération de contenus de niche et tout en stimulant la créativité.
Pour maximiser leur visibilité, les producteurs adaptent leurs contenus aux paramètres des algorithmes : durée optimale, accroche dans les premières secondes, format vertical, sous-titrage, usage de mots-clics, fréquence de publication, recherche de l’engagement (mentions « j’aime », partages, commentaires). Les contenus sont ainsi conçus en fonction de ce que la plateforme valorise, et pas seulement en fonction de l’intention créative ou éditoriale.
La standardisation a pour conséquence une uniformisation des contenus : reprise de formats, de tendances, de gabarits narratifs et esthétiques qui ont fait leurs preuves (défis, sons viraux, structures de vidéo récurrentes). La diversité apparente de l’offre masque une forte homogénéité des formes, et une partie de la créativité se déplace vers l’imitation et la variation sur des modèles existants.
La personnalisation des fils de contenu, fondée sur les comportements passés des usagers, tend à les exposer à ce qui confirme leurs goûts et leurs opinions.
Cela contribue à générer des chambres d’écho et des bulles de filtres, où les points de vue contradictoires circulent peu.
Peuvent en découler des ruptures sociales, c’est-à-dire des univers de contenus qui se côtoient sans se rencontrer :
Le modèle économique des plateformes repose sur la recherche de l'attention et de l'engagement, c'est-à-dire de la réaction des internautes. Il favorise donc la propagation des contenus émotionnels, polarisants et sensationnalistes, qui suscitent davantage de partages et de commentaires.
Les règles communautaires de modération (retrait de contenus, réduction de visibilité ou shadow banning) et l’opacité des décisions façonnent aussi les contenus, au même titre que l’algorithme. Les usagers connaissent adaptent leurs pratiques aux contraintes présumées (autocensure, usage de formulations détournées pour contourner la modération).
Plusieurs dirigeants et organisations qui opèrent les plateformes se réclament d’une culture libertarienne, qui valorise la libre expression et se méfie de l’intervention dans la circulation des idées. Cette orientation favorise une grande pluralité d’opinions, mais en l’absence de vérification systématique de la véracité des faits exposés, la mésinformation et la désinformation y trouvent un terreau favorable.
Pour faire face à la domination des plateformes et portails étrangers ainsi que pour tenter de reprendre contrôle sur les nouvelles pratiques de production et de diffusion dans le numérique, les gouvernements canadien et québécois ont adopté de nouvelles lois et des règlements visant à mieux encadrer l'activité des géants du numérique :
La Loi sur les nouvelles en ligne vise à garantir que les plateformes dominantes indemnisent les entreprises de nouvelles lorsque leur contenu est rendu disponible sur leurs services.
La Loi crée un cadre de négociation pour garantir que les plateformes indemnisent équitablement les entreprises de nouvelles. Elle encourage les plateformes à conclure des accords commerciaux volontaires avec un éventail d'entreprises de nouvelles.
La Loi prévoit que les radiodiffuseurs, y compris les services de diffusion en ligne, doivent faire certaines choses dont :