
Harold Innis développe l’idée que le Canada a adopté le chemin de fer pour surmonter les barrières géographiques, en particulier le Bouclier canadien, qui ralentissait son expansion. Cette technologie permet ainsi au jeune pays de maîtriser son espace et de s’affirmer face à son voisin du sud. Innis constate également que si le train est nécessaire pour déplacer matières premières et marchandises, il permet aussi aux hommes de voyager, favorisant ainsi les échanges sociaux et culturels entre ceux-ci, faisant de ce moyen de transport un moyen de communication à part entière. De par ses fonctions, le chemin de fer, en donnant une cohérence interne au Canada, va participer à l’unification économique, mais aussi politique et culturelle de celui-ci.
Le “nationalisme technologique” qui se déploie dans la construction du chemin de fer se perpétuera dans le développement des réseaux de communication électrique puis électronique du Canada. Le chemin de fer servira ainsi de modèle à l’établissement du télégraphe puis de la radiodiffusion du pays, chaque technologie contribuant ainsi à bâtir et à renforcer l’identité nationale tout en permettant de coloniser le territoire. Suivant cette logique, la radio publique sera tout d’abord développée à bord des trains et dans les grands hôtels présents dans les gares des deux réseaux (du Château Frontenac à Québec au Château du Lac Louise dans les Rocheuses en passant par le Château Laurier à Ottawa).
C'est surtout 1922 qui marque les grands débuts de la radio, comme à peu près partout ailleurs dans le monde. Une vingtaine de licences radio sont octroyées au Canada cette année-là et, signe des temps, les grands quotidiens en veulent tous. Le Toronto Star, le Winnipeg Tribune, le Calgary Herald, le Edmonton Journal, le Vancouver Province et, à Montréal, le quotidien La Presse, qui lance CKAC. [...] En quelque sorte, la presse écrite voit la radio comme un média d’avenir, mais aussi comme un concurrent qu’il vaut mieux domestiquer de l’intérieur.
« Propriété du journal La Presse depuis sa création en 1922, le poste radio CKAC de Montréal s’impose tôt comme le plus important diffuseur francophone d’Amérique du Nord. La majorité du temps d’antenne des premières années va à la diffusion de musique classique et de chansons, dont une large part de contenus américains. En 1927, un partenariat intervient avec le réseau américain CBS pour la retransmission à Montréal de grande musique symphonique et de variétés. Le taux d’émissions américaines entraîne la tenue de la Commission Aird, qui mène elle-même en 1936 à la création du réseau public de Radio-Canada. »
« Au courant des années 1920, la musique diffusée sur les ondes est principalement jouée en direct : les studios de radio ressemblent plutôt à des studios d’enregistrement. Orchestres et musiciens célèbres vont visiter ces studios et gagner en popularité. La musique classique et les musiques de danse se démocratisent. [...] Les stations de radio vont aussi enregistrer à l’extérieur de leurs studios : elles s’invitent dans plusieurs salles et cabarets de la métropole pour diffuser en direct des concerts et des soirées de danse. Ces établissements où l’on peut sortir danser se multiplient à Montréal, passant de 6 en 1914 à 32 en 1947. L’arrivée de la radio s’accompagne donc d’un important foisonnement culturel dans la métropole : les divertissements liés à la musique deviennent plus accessibles que jamais. »

«Au cours des années 1920, la “nation” canadienne restait à construire sur les restes de l'ancien empire britannique pour éviter de tomber sous l'égide du nouvel empire américain. Car la question de l'unité au moyen des médias est étroitement – et depuis longtemps – liée à celle de l'influence américaine, qui rend difficile, voire utopique, la construction d'un Canada culturellement souverain et homogène. Dans l'espace canadien coexistent au moins deux cultures nationales inégalement affirmées. [...] La radiodiffusion est historiquement marquée par une constante opposition conceptuelle : devrait-elle constituer un moyen politique et culturel consacré à l'éclosion d'une personnalité canadienne ou un instrument de profit asservi à des fins commerciales, sans autre objectif ? »
En 1929, la Commission royale de la radiodiffusion, présidée par John Aird, étudie différents modèles d’implantation de la radiodiffusion et s’intéresse spécifiquement aux aspects suivants :
C’est ainsi que l’insuffisance du rayonnement en certaines régions, l’absence d’un service national d’émissions canadiennes, le peu d’occasions données aux artistes canadiens de se faire entendre, ont donné naissance à un problème caractéristique du Canada: l’ampleur des frais dans un pays à population disséminée dans de vastes étendues.
Ce problème eut aussi des répercussions sur les affaires. Une compagnie appartenant à des Canadiens ne pouvait aspirer à soutenir la concurrence des entreprises dont la compagnie-mère avait son siège aux Etats-Unis et dont les produits étaient annoncés sur des stations américaines à la portée des foyers canadiens, sans compter sur un régime de réclame radiophonique à l’échelle nationale au Canada. Pourtant, cette réclame était impossible sans un service de réseau assuré à peu de frais et les seules ressources de la réclame ne suffisaient pas à faire vivre un réseau sur le plan national.

« L'année 1940 marque le début d'un premier âge d'or de la radio. Cette année charnière annonce une radio plus complète et ouvre une période marquée par une évolution constante, tant du point de vue de la programmation que de la réception et de la diffusion.
Dans le grand cycle qui débute avec la Seconde Guerre, on peut distinguer trois phases principales.
Entre 1940 et 1955, la radio vit des années d'expansion caractérisées par l'exploitation du radio-feuilleton et l'apparition du vedettariat.
Durant les dix années suivantes, la radio, désormais concurrencée par la télévision, cherche à adapter sa programmation en accordant une place prépondérante à la chanson et à la musique.
Avec la fin des années soixante, les deux grands réseaux radiophoniques provinciaux, dont les centres de production sont à Montréal, se structurent, tandis qu'apparaissent les émetteurs en modulation de fréquence (MF) et les premières radios alternatives. »

L’important de la période 1945-1970, qu’on a parfois appelé l’âge d’or de la radio, c’est que non seulement elle se développe partout sur le territoire québécois, mais c’est aussi qu’elle est terriblement créative. Chez les auteurs dramatiques, les femmes y tiennent une bonne place, et les personnages féminins des radioromans influenceront grandement l’émergence de ce qu’on appellera plus tard l’émancipation des femmes, pour ne pas dire le féminisme.

En 1951, Commission royale d’enquête sur l’avancement des arts, des lettres et des sciences, présidée par Vincent Massey, est établie afin d'étudier l'état des arts et de la culture au Canada. Le rapport propose le financement des activités culturelles par le gouvernement fédéral et contribue, par ses recommandations, à la création de la Bibliothèque nationale du Canada et du Conseil des arts du Canada.
Elle pose également les bases des orientations du service public de radio et de télédiffusion en proposant que les utilisateurs des ondes publiques (celles de la radio, ensuite de la télévision) doivent remplir un triple rôle auprès de la population canadienne, ce lui d'informer, d'éduquer et de divertir.
« Dans toute société démocratique, le rôle de la radio est :
1) de fournir une information complète, impartiale et objective ;
2) d’éduquer le public adulte et de fourni à ceux qui n’ont pas la chance de poursuivre des études de parachever leur formation ;
3) de divertir et amuser le public. »
L'investissement dans le secteur de la radiodiffusion croît de façon phénoménale entre 1940 et 1980. Pour un dollar investi en 1940, plus de trois mille cinq cents furent nécessaires en 1980. Cette poussée est essentiellement due à l'augmentation du nombre de diffuseurs et à l'accroissement des coûts inhérents à la technologie. Il n'y eut pas ralentissement, comme on aurait pu s'y attendre, lorsque la télévision fut lancée.
La télévision, lancée officiellement en 1952, affecte la radio de deux manières:
La radio doit retrouver rapidement un second souffle et ce sera fait avec l’arrivée du transistor, qui permet aux adolescents d’écouter la radio hors du duo parental, aussi la généralisation du récepteur radio dans les automobiles et, pour ce qui est de la programmation, le début des tribunes téléphoniques et l’exploitation à outrance du 45 tours.
En 1962, l'arrivée de la station CKLM-AM 1570 comble l'espace disponible sur la bande AM à Montréal.

Rapidement, de nouvelles stations apparaissent sur la bande FM, comme CFGL-FM « la radio qui parle et qui change », fondée par Jean-Pierre Coallier et Roland Saucier, première station commerciale indépendante au Canada sur la bande FM.
La technique MF [modulation de fréquences], connue depuis le milieu des années trente, n'a émergé comme support commercial qu'à la fin des années soixante. Cette situation est consécutive à la naissance de la télévision. Les investisseurs, forts de l'expérience américaine, n'ont pas hésité entre les deux modes de diffusion qui s'offraient à eux. Le MF demeurait une curiosité technique et ne devint média de masse que lorsque la majorité de la population eut fait l'apprentissage de la radio MA [modulation d'amplitude] et de la télévision. Alors, le MF put occuper l'espace social laissé vacant par les deux autres médias électroniques.
En 1967, Raymond Crépault, propriétaire de CJMS à Montréal, rachète des stations à Québec et à Hull, puis en ouvre deux autres à Sherbrooke et à Trois-Rivières en 1968. Il fonde le réseau Radiomutuel.
En 1968, Philippe de Gaspé-Beaubien fait l'acquisition de CKAC à Montréal et crée le réseau Télémédia en rachetant des stations à Hull, Sherbrooke et Trois-Rivières.
De familiale qu'elle était en 1940, l'écoute radiophonique devient peu à peu une activité individualisée. Cela est démontré par la forte croissance du nombre de récepteurs. Plusieurs facteurs expliquent cette situation.[...] Mais l'augmentation du nombre de diffuseurs et leur spécialisation en constituent la cause immédiate. Le phénomène peut même mener à une impasse. Le nombre d'auditeurs augmentant, le marché publicitaire potentiel devient plus vaste, ce qui suscite l'arrivée de nouveaux diffuseurs qui cherchent à se différencier de leurs concurrents, attirant ainsi une partie du public auditeur et fragmentant les auditoires.
Vers la fin des années 1980, le CRTC adopte une nouvelle réglementation relativement à la radio commerciale. Les principaux ajouts concernent l’obligation de diffuser 35 % de musique canadienne et 55 % de MVF [musique vocale de langue française] entre 6 h et 18 h, du lundi au vendredi. Enfin, le CRTC assouplit les règles régissant la propriété de stations de radio dans le but d’augmenter l’offre aux auditeurs. On adopte cette mesure parce qu’on croit qu’un propriétaire, s’il détient plusieurs stations dans un même marché, optera pour des formats musicaux différents afin que ses stations ne se nuisent pas entre elles.
Au cours de la décennie 1990, la radio québécoise change :
La radio privée, qui a longtemps servi à offrir des auditeurs et des auditrices aux publicitaires, est devenue graduellement un bon réservoir de gain de capital. Tout ça n’est pas étranger à un certain appauvrissement, parce que les revenus publicitaires ne servent pas seulement à payer l’exploitation, les frais techniques et les salaires, mais aussi, et de plus en plus, à répondre à l’appétit des actionnaires.



Au début des années 2000, Astral Média et Corus Québec étaient les plus importants acteurs de la radiodiffusion opérant respectivement 24 et 15 stations de radio. Cependant, plusieurs transactions et fermetures effectuées par ces deux entreprises vont transformer le portrait de la propriété de la radio au Québec.



À présent, trois principales entreprises dominent le secteur de la radio au Québec : BCE, Cogeco et Arsenal Media. Elles disposent, à elles seules, de près de 60 % des stations de radio commerciale [...] La présence de Bell Média et de Cogeco dans les principaux marchés leur apporte une très grande partie de l’écoute. À l’automne 2021, les deux sociétés récoltaient près de 50% des parts d’écoute des stations de langue française au Canada, soit 37 % pour Cogeco et 11 % pour BCE. Pour leur part, les deux services de langue française de Radio-Canada, ICI Première et ICI Musique, retenaient 23 % de l’écoute dans le marché central francophone de Montréal en 2022-2023.
La baladodiffusion jouit d’une popularité croissante [au Québec] depuis une dizaine d’années, notamment grâce à l’influence de Mike Ward, présenté comme étant « le roi du podcast au Québec » avec son projet Sous écoute (Lauzon, 2018). Aussi, dans les dernières années, jusqu’au tiers des Québécoises et des Québécois ont affirmé consommer des balados (Académie de la transformation numérique, 2023b, p. 5) et plusieurs studios d’enregistrement de balados ont vu le jour (Studio SF, Studio Bien entendu, Virage Sonore, OK Studio, pour ne nommer que ceux-ci). Une rapide recherche sur Google Actualités permet de découvrir une importante couverture médiatique du phénomène. Toutes ces sources indiquent que ce média intéresse autant le public, les diffuseurs que les médias québécois.