On entendra ici par industries culturelles un ensemble de branches, de segments et d’activités industrielles auxiliaires qui produisent et distribuent des marchandises à contenu symbolique, conçues par un travail créatif, organisées par un capital qui se valorise et destinées aux marchés de consommation, et qui joue aussi un rôle de reproduction idéologique et sociale.
Les industries culturelles peuvent donc être définies comme l’ensemble en constante évolution des activités de production et d’échanges culturels soumises aux règles de la marchandisation, où les techniques de production industrielle sont plus ou moins développées, mais où le travail s’organise de plus en plus sur le mode capitaliste d’une double séparation entre le producteur et son produit, entre les tâches de création et d’exécution.
Les industries culturelles désignent, en somme, un ensemble de processus visant la production de biens symboliques et à leur mise en en circulation à l’échelle locale, nationale ou internationale, à des fins de valorisation économique et symbolique.
Les industries culturelles sont souvent associées aux processus de production des contenus (on parle parfois des industries du contenu) et les industries des communications aux processus de diffusion et de distribution de ces contenus... bien que la frontière entre les deux soit bien souvent difficile à tracer.
L’expression industrie culturelle a été forgée par Adorno et Horkheimer (1947; 1974) face aux menaces appréhendées de l’application des techniques de reproduction industrielle à la création et à la diffusion massive des œuvres culturelles.
[…] dans leurs premières esquisses, ils utilisaient les termes culture de masse, qu’ils ont par la suite abandonnés au profit de l’expression « industrie culturelle » pour éviter de faire croire « qu’il s’agit de quelque chose comme une culture jaillissant spontanément des masses mêmes, en somme la forme actuelle de l’art populaire. Or de cet art, l’industrie culturelle se distingue par principe » (Adorno, 1964)
Pour les penseurs de l'École de Francfort, l’application des méthodes industrielles au champ de la culture aboutirait à la mort de l’art.
Si ce courant de pensée compte encore des adeptes, l’expression industries culturelles, dont l’usage s’est généralisé au cours des années 70 et 80, n’évoque plus nécessairement une telle perspective catastrophiste. Après tout, malgré le développement fulgurant des industries culturelles depuis le dernier quart du XIXe siècle, on peut difficilement soutenir qu’il s’est accompagné d’une extinction de l’activité créatrice dans les différents secteurs de pratiques artistiques. Tout au contraire, les remises en question des conventions et des canons de la création artistique n’ont jamais été aussi fréquentes que depuis la fin du XIXe siècle et de nouveaux langages, de nouvelles règles d’expression ont foisonné, comme jamais auparavant dans l’histoire, depuis les débuts de la Révolution industrielle.