
Dans son ensemble, le théâtre qu’on peut voir au Québec jusqu’à la Crise [de 1929] est un théâtre de son temps. Les troupes de tournée américaines, qui se succèdent hebdomadairement dans les grandes salles montréalaises et qui passent régulièrement à Québec, offrent au public local des spectacles inégaux sans doute, mais bien rodés et tout à fait récents. Ces spectacles, issus ou inspirés des principaux théâtres de Broadway, sont souvent des adaptations américaines des plus grands succès parisiens et londoniens. Et comme Paris et Londres sont les capitales incontestées du théâtre occidental à cette époque, le Québec bénéficie du coup d’une fenêtre privilégiée sur ce qui se fait dans les centres les plus dynamiques qui soient.
Le spectacle burlesque se compose d'une succession de numéros et de sketches sans rapport les uns avec les autres, hybride, mi-préparé, mi-improvisé.
Il débute par un acte comique en ouverture, puis enchaîne des pièces musicales jouées par un orchestre, des chansons et de l'opérette, de la danse, plus ou moins suggestive, des numéros d'humour, plus ou moins grivois, parfois des tours de force et des curiosités, ainsi que, pour conclure, une grande farce regroupant tous les artistes.
Grâce à Jean Grimaldi et à Henry Deyglun entre autres, le théâtre de tournée, qui est essentiellement celui du burlesque, de la revue, du mélodrame et des variétés, fait son entrée au Saguenay et au Lac-Saint-Jean, dans le Bas-du-Fleuve, en Abitibi, dans les Laurentides. […] rappelons que les artistes de la scène qui jouissent de quelque notoriété, se retrouvent en très grand nombre à la radio où ne tardent pas à se développer – dès 1935 – des radioséries et des radioromans au retentissement phénoménal. C’est une invasion massive.


Gratien Gélinas parvient le premier, avec son Fridolinons, à adopter dans une production professionnelle certaines des règles fondamentales de la modernité : une véritable mise en scène, une unité, la mobilisation de multiples pratiques scéniques (éclairage, musique, scénographie, jeu) convergeant vers un même but. [...] En outre, Fridolinons repose sur un texte tout à fait original, et l’œuvre est rigoureusement préparée et dirigée. L’apport de Gélinas ne s’arrête pas là.
Si Fridolin, ce garnement attachant, affublé de son inséparable sling shot, ne cesse de pulvériser les records d’assistance, c’est parce que sa présence comble un vide. La modernité, en effet, est européenne, et ni les animateurs du MRT ni les Compagnons de Saint-Laurent ne parviennent ou ne cherchent véritablement à la québéciser. Tant par leur répertoire que par leur jeu, ces troupes ont davantage œuvré à la transplantation sur les scènes locales d’un théâtre étranger qu’à l’édification d’un théâtre moderne proprement québécois.
[…] dans le spectacle, il va sans dire, on ne peut envisager de mécanisation ; l’innovation, quoique fréquente et importante, est de nature strictement artistique et n’influence en rien la productivité ; et le coût d’une représentation ne peut être abaissé grâce à l’augmentation du nombre de représentations, de même que la durée d’un spectacle ne peut être réduite par la transformation des méthodes de production. Ces caractéristiques s’expliquent par le fait que, dans la diffusion du spectacle, la production et la consommation sont simultanées.
Le travail est constitutif du produit fini et on ne saurait le remplacer sans dénaturer le produit lui-même. Les artistes ne sont pas des intermédiaires entre des matières premières et un produit achevé, pour eux le travail est une fin en soi et leur activité même constitue le bien de celui qui consomme le spectacle
Une institution théâtrale est un organisme professionnel dont la mission, le rôle et les responsabilités sont reconnus comme essentiels à la vie artistique par la société, le milieu théâtral et l’État; et auquel sont accordés un statut et des moyens financiers qui confirment son mandat et en assurent sa pérennité.
À certaines époques, dans certaines sociétés, le théâtre a eu une grande fonction sociale. Il rassemblait toute la cité dans une expérience commune, la connaissance de ses propres passions. Aujourd’hui, cette fonction, c’est le sport qui, à sa manière, la détient. Seulement, la cité a grandi. Ce n’est plus une ville, c’est un pays. Souvent, pour ainsi dire, le monde entier. Le sport est une grande institution moderne jetée dans les formes ancestrales du spectacle. Pourquoi ? Pourquoi aimer le sport ? Il faut d’abord se rappeler que tout ce qui arrive aux joueurs arrive aussi aux spectateurs. Mais alors qu’au théâtre le spectateur n’est qu’un voyeur, dans le sport c’est un acteur.
Les arts de la scène constituent l’un des secteurs le plus dynamiques de la culture québécoise contemporaine. Depuis une vingtaine d’années, l’envergure et la qualité des festivals consacrés aux pratiques scéniques, ainsi que le remarquable succès de plusieurs compagnies à l’étranger ont témoigné éloquemment de l’insertion des artistes québécois dans les circuits internationaux.
Même si les tensions historiques sont toujours présentes au Québec, de nouveaux pôles se sont développés au tournant du 21e siècle