Arts vivants >
L’institutionnalisation et les dualités culturelles

Montréal,
ville spectaculaire

Les premiers théâtres montréalais

Le Théâtre Royal, situé à l'emplacement où sera érigé le Marché Bonsecours, est le premier théâtre fondé à Montréal, par John Molson en 1825.

Il sera démoli et déménagera à quatre reprises à des emplacements différents jusqu'à sa fermeture en 1913.
Le Théâtre Royal accueille surtout des concerts lyriques d'œuvres classiques européennes adaptées en anglais.

Durant le 19e siècle, plusieurs salles présentent des spectacles, entre autres des pièces de théâtre britanniques ou des spectacles burlesques américains produits par des troupes de tournée et des troupes locales.

1898
Théâtre des Variétés
(Le Latulipe)

1900
Théâtre national français
(Le National)

1903
Auditorium de Québec
(Le Capitole)

Dans son ensemble, le théâtre qu’on peut voir au Québec jusqu’à la Crise [de 1929] est un théâtre de son temps. Les troupes de tournée américaines, qui se succèdent hebdomadairement dans les grandes salles montréalaises et qui passent régulièrement à Québec, offrent au public local des spectacles inégaux sans doute, mais bien rodés et tout à fait récents. Ces spectacles, issus ou inspirés des principaux théâtres de Broadway, sont souvent des adaptations américaines des plus grands succès parisiens et londoniens. Et comme Paris et Londres sont les capitales incontestées du théâtre occidental à cette époque, le Québec bénéficie du coup d’une fenêtre privilégiée sur ce qui se fait dans les centres les plus dynamiques qui soient.

Le spectacle burlesque se compose d'une succession de numéros et de sketches sans rapport les uns avec les autres, hybride, mi-préparé, mi-improvisé.

Il débute par un acte comique en ouverture, puis enchaîne des pièces musicales jouées par un orchestre, des chansons et de l'opérette, de la danse, plus ou moins suggestive, des numéros d'humour, plus ou moins grivois, parfois des tours de force et des curiosités, ainsi que, pour conclure, une grande farce regroupant tous les artistes. 

Les dualités culturelles

Le théâtre est un exemple des clivages qui caractérisent la culture au Québec.

Les tensions dominantes se polarisent entre différentes dualités :

ANGLAIS — FRANÇAIS

CULTURES ÉLITISTES — CULTURES POPULAIRES

ARTS — DIVERTISSEMENTS

VILLES — RÉGIONS

Le théâtre de tournée et les radio-théâtres

Grâce à Jean Grimaldi et à Henry Deyglun entre autres, le théâtre de tournée, qui est essentiellement celui du burlesque, de la revue, du mélodrame et des variétés, fait son entrée au Saguenay et au Lac-Saint-Jean, dans le Bas-du-Fleuve, en Abitibi, dans les Laurentides. […] rappelons que les artistes de la scène qui jouissent de quelque notoriété, se retrouvent en très grand nombre à la radio où ne tardent pas à se développer – dès 1935 – des radioséries et des radioromans au retentissement phénoménal. C’est une invasion massive.

Gratien Gélinas parvient le premier, avec son Fridolinons, à adopter dans une production professionnelle certaines des règles fondamentales de la modernité : une véritable mise en scène, une unité, la mobilisation de multiples pratiques scéniques (éclairage, musique, scénographie, jeu) convergeant vers un même but. [...] En outre, Fridolinons repose sur un texte tout à fait original, et l’œuvre est rigoureusement préparée et dirigée. L’apport de Gélinas ne s’arrête pas là. 

Si Fridolin, ce garnement attachant, affublé de son inséparable sling shot, ne cesse de pulvériser les records d’assistance, c’est parce que sa présence comble un vide. La modernité, en effet, est européenne, et ni les animateurs du MRT ni les Compagnons de Saint-Laurent ne parviennent ou ne cherchent véritablement à la québéciser. Tant par leur répertoire que par leur jeu, ces troupes ont davantage œuvré à la transplantation sur les scènes locales d’un théâtre étranger qu’à l’édification d’un théâtre moderne proprement québécois.

Industrialisation VS Institutionnalisation

En culture, les processus d’industrialisation sont toujours plus ou moins achevés. 

Dans la plupart des cas, la création artistique, et souvent le secteur de la production sont peu touchés par l’industrialisation. Certains secteurs et certaines organisations appliquent toutefois des modes de gestion et des structures de production standardisées, et parce qu'elles sont axées sur la performance économique, elles fonctionnent comme des industries.

Le spectacle se distingue des autres formes industrielles parce que l'acte de consommation est simultané à la production.

Cela limite la reproductibilité du spectacle vivant qui, contrairement aux autres secteurs culturels, présente des rendements constants.

[…] dans le spectacle, il va sans dire, on ne peut envisager de mécanisation ; l’innovation, quoique fréquente et importante, est de nature strictement artistique et n’influence en rien la productivité ; et le coût d’une représentation ne peut être abaissé grâce à l’augmentation du nombre de représentations, de même que la durée d’un spectacle ne peut être réduite par la transformation des méthodes de production. Ces caractéristiques s’expliquent par le fait que, dans la diffusion du spectacle, la production et la consommation sont simultanées.

Le travail est constitutif du produit fini et on ne saurait le remplacer sans dénaturer le produit lui-même. Les artistes ne sont pas des intermédiaires entre des matières premières et un produit achevé, pour eux le travail est une fin en soi et leur activité même constitue le bien de celui qui consomme le spectacle

Les spectacles se caractérisent par des

GAINS EN PRODUCTIVITÉ LIMITÉS

Jusqu’à un certain niveau, on ne peut pas raccourcir le temps de production (durée du spectacle) et augmenter la quantité de produits (nombre de représentations) de manière illimitée.

C'est pourquoi le spectacle n'est pas considéré comme une industrie, même si l’ensemble des activités reliées à celui-ci sont largement marchandisées.

Ces critères, parmi d’autres, permettent aux économistes «néoclassiques» de conclure que le spectacle est un domaine qui doit nécessairement bénéficier de l’intervention et du soutien de l’État.

Aussi, le développement du spectacle vivant a plutôt tendu vers des processus d’institutionnalisation que d’industrialisation.

Institutionnalisation

L’institutionnalisation réfère aux processus conduisant à rendre permanentes certaines pratiques, certaines organisations, etc.

En culture, ce processus caractérise principalement les organisations (compagnies, lieux de diffusion, événements, organisations, etc.) qui reçoivent leur caractère institutionnel de la part du public qui les adopte et les maintient, et de l’État qui assure leur financement et leur garantit un cadre d’opération privilégié. En raison de leur histoire, de leur évolution et de leur positionnement, certaines de ces organisations sont qualifiées d’«institutionnelles».

Caractéristiques des institutions en culture

Un mandat précis et distinct

Une activité de production

Un lieu de représentation

Une activité ouverte à l’ensemble des publics

Une activité ouverte à l’ensemble de la communauté

Un fonctionnement garant de pérennité

Un mode d’évaluation spécifique à sa nature

Une institution théâtrale est un organisme professionnel dont la mission, le rôle et les responsabilités sont reconnus comme essentiels à la vie artistique par la société, le milieu théâtral et l’État; et auquel sont accordés un statut et des moyens financiers qui confirment son mandat et en assurent sa pérennité.

Stratégies pour augmenter la rentabilité des spectacles

Les gains en productivité du secteur du spectacle reposent alors sur une série de stratégies visant à maximiser la rentabilité d’une même production:

Augmenter la jauge
&
Étendre les représentations

Augmenter la taille de la salle où le spectacle est diffusé afin d’augmenter le nombre de billets vendus et l’ensemble des bénéfices reliés, ainsi qu'ajouter des représentations ou partir en tournée

Diminuer les coûts
&
Augmenter les revenus

Diminuer les frais de pré-production (conception, répétitions) et de production (costumes, décors, cachets), tout en en augmentant les revenus en maximisant le prix des billets et l’exploitation de la marque

Dupliquer la production

Présenter différentes distributions en même temps dans différents marchés afin de doubler le nombre de représentations simultanées

Médiatiser le spectacle

Étendre la portée du spectacle au-delà des murs de la salle par une captation sonore et/ou visuelle qui sera ensuite vendue ou diffusée dans les médias ou au cinéma

Le sport, une industrie
ou une institution ?

À certaines époques, dans certaines sociétés, le théâtre a eu une grande fonction sociale. Il rassemblait toute la cité dans une expérience commune, la connaissance de ses propres passions. Aujourd’hui, cette fonction, c’est le sport qui, à sa manière, la détient. Seulement, la cité a grandi. Ce n’est plus une ville, c’est un pays. Souvent, pour ainsi dire, le monde entier. Le sport est une grande institution moderne jetée dans les formes ancestrales du spectacle. Pourquoi ? Pourquoi aimer le sport ? Il faut d’abord se rappeler que tout ce qui arrive aux joueurs arrive aussi aux spectateurs. Mais alors qu’au théâtre le spectateur n’est qu’un voyeur, dans le sport c’est un acteur.

Institutionnalisation du théâtre québécois

1949 - Fondation du Théâtre du Rideau Vert par Yvette Brind'Amour et Mercedes Palomino
1951 - Fondation du Théâtre du Nouveau Monde par les Compagnons de Saint-Laurent, Jean Gascon et Jean-Louis Roux
1955 - Fondation du premier théâtre d’été à Sun Valley dans les Laurentides par Henri Norbert
1955 - Fondation de la troupe du Théâtre de Quat'sous par Paul Buissonneau
1957 - Fondation des Grands ballets canadiens par Ludmilla Chiriaeff
1959 - Fondation du Théâtre de la Marjolaine à Eastman en Estrie par Marjolaine Hébert

La Place des Arts au Québec

1942 | Conservatoire de musique et d'art dramatique

1956 | Conseil des arts de Montréal

1961 | École nationale de théâtre du Canada

1963 | La Place des Arts

1965 | Centre des auteurs dramatiques

1971 | Grand théâtre de Québec

1981 | École nationale du cirque

L'internationalisation du spectacle d'ici

Les arts de la scène constituent l’un des secteurs le plus dynamiques de la culture québécoise contemporaine. Depuis une vingtaine d’années, l’envergure et la qualité des festivals consacrés aux pratiques scéniques, ainsi que le remarquable succès de plusieurs compagnies à l’étranger ont témoigné éloquemment de l’insertion des artistes québécois dans les circuits internationaux.

1978 | Starmania

1981 | Carbone 14

1982 | La La La Human Step

1984 | Cirque du Soleil

Les dualités culturelles (2)

Même si les tensions historiques sont toujours présentes au Québec, de nouveaux pôles se sont développés au tournant du 21e siècle

RICHES — PAUVRES

PRIVÉ — PUBLIC

LOCAL — GLOBAL

JEUNES — VIEUX

MAJORITÉ — MINORITÉS

RÉEL — NUMÉRIQUE

CC (BY-NC-ND) | 2025
Université du Québec à Montréal